Le 8 novembre |
Par le Monastère Orthodoxe des Saints Elie et Elisée.
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De toute éternité Dieu est Lumière : la seule
véritable Lumière éternelle, immatérielle, infinie et absolument
incompréhensible. Il repose dans le secret inaccessible de Sa Nature unique et
jouit de la communion inexprimable d'amour entre Ses trois Personnes: le Père,
le Fils et le Saint Esprit. Il est bon et principe de toute bonté et de tout
amour; c'est pourquoi Il ne S'est pas contenté de Sa propre contemplation, mais
dans la surabondance de Sa bonté Il a voulu qu'un autre participât à Sa lumière
et Il a tiré le monde du non-être à l'existence. Avant de créer le monde
visible, Il a amené à l'existence par Son Verbe et perfectionné en sainteté par
Son Saint-Esprit la nature angélique, faisant des Puissances célestes et
incorporelles ses Serviteurs zélés et ardents comme un feu immatériel. Ils sont
des lumières secondes, qui reçoivent par la Grâce du Saint-Esprit les
illuminations de la Lumière première et sans principe, et la participation à Son
immortalité. Fidèles images de l'Essence Divine, les Saints Anges sont de nature
spirituelle, dépourvus de la lourdeur du corps, toujours en mouvement, libres et
raisonnables. Ils voient Dieu dans la mesure où ils peuvent l'atteindre et
trouvent dans sa contemplation leur nourriture, leur stabilité et la raison même
de leur existence. Bien qu'ils soient libres de toutes affections du corps, ils
ne sont pourtant pas impassibles comme Dieu, car ils ont été créés par un
changement (le passage du non-être à l'être). Ainsi sont-ils difficilement
portés au mal, mais non à l'abri de son atteinte. C'est pourquoi ils doivent
faire usage de la souveraine liberté que Dieu leur a accordée pour persévérer
dans le bien et progresser dans la contemplation des Mystères Divins, sous peine
d'être entraînés irrémédiablement vers le mal et l'éloignement de Dieu, et sans
pouvoir alors compter, comme l'être humain, sur le repentir, car ils sont
dépourvus de corps.
Sans corps, ils ne sont pourtant pas totalement immatériels : seul le divin est
véritablement sans matière et incorporel (car impassible et au-delà de tout
mouvement). Ils sont circonscrits dans le temps et l'espace. Lorsqu'ils sont
dans le ciel, ils ne sont pas sur la terre; et envoyés par Dieu sur la terre,
ils ne demeurent plus au ciel. Leur nature subtile leur fait échapper aux
limitations que sont pour nous les murs, les portes et les sceaux, lorsqu'ils
sont envoyés par Dieu en mission auprès des hommes et que pour cela, ils
empruntent une forme corporelle nous permettant de les voir. De même, leur
légèreté et leur extrême rapidité de mouvement leur permettent de traverser
l'espace presque instantanément ou de deviner les pensées des hommes, ce qui
nous fait croire qu'ils sont dotés de l'omniscience divine. Mais, comme êtres
créés, il ne sont toutefois ni doués d'omniscience, ni susceptibles de se
trouver en deux endroits simultanément. S'ils prophétisent, c'est par grâce et
par ordre divin, non par leur propre vertu.
Dieu les a faits Ses serviteurs et les envoie ( « ange » signifie « envoyé » )
veiller sur la terre. Ils président aux peuples, aux nations et aux Eglises (
selon l'Apocalypse, chaque Eglise locale possède un Ange protecteur ), et ils
assurent la marche des desseins de la Providence à notre égard: aussi bien en
général que pour chacun en particulier. Dieu a placé invisiblement auprès de
chacun d'entre nous personnellement un Ange Gardien, qui veille constamment sur
nous, sans cesser d'être auprès de Dieu. Il nous suggère le bien par la voix de
notre conscience, nous aide à éviter les pièges du Diable et attise en nous le
feu salutaire du repentir lorsque nous avons péché.
Seul le Créateur connaît le genre et, les limites de la nature angélique. Elle
est une par rapport à Dieu, mais innombrable par rapport à nous. « Un fleuve de
feu coulait devant Lui ; mille milliers Le servaient, et des myriades de
myriades se tenaient devant Lui » dit le Prophète Daniel ( Dan. 7:10 ). Nous ne
pouvons pas les dénombrer, c'est pourquoi la Sainte Tradition a coutume de les
ranger en neuf ordres divisés en trois triades. La première disposition
hiérarchique est celle qui est toujours auprès de Dieu et qui est immédiatement
unie à lui, avant les autres et sans intermédiaire. Elle comporte les Séraphins,
dont le nom en hébreu signifie : « brûlants ». En effet, leur mouvement éternel
et stable autour des réalités divines leur donne le pouvoir d'élever leurs
subordonnés vers Dieu en animant en eux la chaleur purificatrice et lumineuse de
la vertu. Les seconds, de même rang mais de fonction distincte, sont les
Chérubins, dont le nom évoque la plénitude de leur connaissance de Dieu. On dit
qu'ils sont couverts d'yeux de toutes parts, en signe de leur aptitude à
contempler la lumière divine. Les troisièmes sont les Trônes, sur lesquels Dieu
trouve repos impassible. La seconde triade, intermédiaire, transmet avec bonté
et ordre les décrets de la Providence et élève les esprits de rang inférieur
vers l'imitation de Dieu. Elle se compose des Dominations, des Vertus et des
Puissances. La troisième triade achève la Hiérarchie Céleste. Elle comporte les
Principautés, les Archanges et les Anges. C'est par ces derniers que Dieu nous
communique les décrets de Sa Providence et, comme ils sont les plus proches de
nous, c'est eux qu'Il envoie sous une forme corporelle lorsqu'Il le veut.
Dans le plan divin, l'homme, en la personne d'Adam, devait être le dixième ordre
de cette Hiérarchie et devait achever la perfection de la création ( Luc 15:1-10
). Comme il déchut et se soumit à la mort, le Christ s'est précipité du haut des
Cieux pour le tirer de l'enfer. Il traversa les degrés de la Hiérarchie
angélique, prit un corps et releva par Sa résurrection la nature humaine bien
au-delà du rang où elle se trouvait à l'origine, en la faisant asseoir à la
droite de Dieu, au-dessus des Chérubins et des Séraphins.
Mais avant cela, au moment où Dieu créa le monde invisible, la plénitude
innombrable de la Hiérarchie céleste jouissait de la lumière de Dieu et menait
une ronde sacrée, simple et incessante, en chantant d'une voix forte : « Saint,
Saint, Saint est le Seigneur Sabaoth (i.e. « des Armées »), le ciel et la terre
sont remplis de Sa gloire » (Is. 6:3). Or l'esprit céleste qui tenait alors le
premier rang, le plus proche de Dieu, et qui était tout irradié de Sa lumière,
Lucifer, vint à tirer orgueil des privilèges qu'il avait reçus et voulut
s'assimiler au Très-Haut. Il se dit: «Je monterai dans les Cieux, au-dessus des
étoiles de Dieu j'élèverai mon trône, je monterai sur les sommets des nues, je
serai assimilé au Très-Haut » (Is 14:14). Il n'était pas mauvais par nature;
mais par orgueil, il se révolta librement contre Celui qui l'avait créé. C'est
lui le premier qui rejeta le bien et choisit le mal. Il s'est détourné de la
lumière pour sombrer dans les ténèbres de la privation de Dieu; c'est pourquoi,
aussitôt ces paroles prononcées, il tomba de son rang élevé et fut précipité
dans le gouffre de l'enfer. Comme il avait ainsi déchiré les cieux, il tira avec
violence dans sa chute une multitude d'Anges de tous les ordres et se fit leur
chef. Leur nombre était si grand, qu'à la vue de ce spectacle lamentable,
l'Archange Michel, chef des milices célestes1, qui par son humilité et sa sage
soumission à son Créateur, était puissamment affermi dans la lumière, s'élança
vers la brèche, rassembla les Anges restés fidèles et s'écria : « Soyons
attentifs ! »2 C'est à dire : « Prenons garde, soyons vigilants, nous les êtres
créés qui avons le privilège de nous tenir devant Dieu. Reconnaissons notre état
de serviteurs. Prenons soin à la connaissance de nous mêmes et voyons quelle est
la chute de ceux qui ont voulu s'égaler à Dieu ! » C'est en mémoire de cette
Synaxe3 : c'est à dire de cette assemblée, de cette réunion, des choeurs
angéliques sous la direction du Saint Archange Michel dans la vigilance, la
concorde et l'unité, que, de tradition très ancienne, les Pères ont institué la
fête d'aujourd'hui.
Le très glorieux et très lumineux Prince des Puissances célestes et
incorporelles, Michel, apparaît souvent dans la Sainte Ecriture. C'est lui que
Dieu envoie auprès des hommes pour leur annoncer les décrets de Sa Justice.
C'est lui qui le premier est apparu au Patriarche Abraham (Gen. 12) et à sa
servante Agar dans le désert, pour lui annoncer la naissance d'Ismaël (Gen. 16).
Il fut envoyé auprès de Lot pour le sauver de Sodome, vouée par Dieu à la
destruction (Gen. 19). Lorsque Dieu ordonna à Abraham de sacrifier son fils
Isaac, afin d'éprouver son obéissance, ce fut Michel qui intervint au dernier
moment pour l'arrêter (Gen. 22). Il apparut encore au Patriarche Jacob, pour le
délivrer des mains meurtrières de son frère (Gen. 27:41). C'est lui qui se
tenait au-devant du peuple d'Israël lorsqu'il sortit d'Egypte et le dirigeait
sous la forme d'une nuée le jour et d'une lueur la nuit (Ex. 13:21). Il fut
envoyé aussi au devant du devin Balaam, en route vers Balaq roi de Moab pour
maudire le peuple d'Israël, et lui barra le passage en se tenant devant sa mule,
une épée nue à la main (Nbr. 22:22). Quand Josué était aux pieds des murs de
Jéricho, attendant un signe de Dieu pour assiéger la ville, Michel lui apparut,
tenant à nouveau une épée. Comme il craignait que ce ne soit une ruse du Malin,
qui sait se transformer en Ange de lumière, Josué lui demanda: « Es-tu des
nôtres ou de nos adversaires ? ». Michel répondit : « C'est comme Chef de
l'Armée du Seigneur que je viens maintenant », et lui ordonna de vénérer
désormais le lieu qu'il venait de sanctifier par sa présence (Jos. 5:13). Sous
les Juges, il vint réconforter Gédéon et l'envoya pour délivrer Israël de
l'oppression des Madyanites (Jug. 6:11).
Quand David, contrairement à l'ordre de Dieu, eut fait recenser le peuple,
Michel fut envoyé par Dieu pour être l'instrument de sa colère. En un jour, il
ravageât par son épée plus de soixante-dix mille hommes et il se tenait prêt à
détruire Jérusalem, lorsque, ému par le repentir de David, le Seigneur l'arrêta
et lui ordonna de remettre son épée au fourreau (I Chron. 21). Il se révéla
plusieurs fois au Prophète Elie pour le consoler dans ses tribulations et
l'envoyer en mission (I Rois 19:5, II Rois, 1:15). Lors de l'invasion du roi des
Assyriens, Sénnacharib, Michel abattit en une nuit cent quatre-vingt cinq mille
hommes dans le camp des envahisseurs (II Rois 19:35). C'est lui encore qui
descendit du ciel et se tint au milieu de la fournaise ardente, à Babylone, avec
les trois jeunes gens, en chantant avec eux les louanges du Seigneur (Dan.
3:92), et qui ferma la gueule des lions dans la fosse où avait été jeté le
Prophète Daniel (Dan. 6:23).
Les interventions salutaires du Saint Archange Michel sont en fait innombrables,
aussi bien sous l'Ancienne Alliance que, plus encore, après la venue du Christ.
C'est lui qui délivra les Apôtres de prison (Actes 5:19), qui fut envoyé à
l'Apôtre Philippe pour baptiser l'eunuque de la reine d'Ethiopie (Act. 8:26),
qui apparut au centurion Corneille et lui demanda de faire venir Saint Pierre
pour le baptiser (Act. 10), qui libéra Pierre de prison (Act. 12) et frappa le
roi Hérode qui voulait se faire passer pour un dieu (idem). Il apparut à Saint
Paul pour le réconforter dans ses épreuves, et fut pour l'Evangéliste Saint Jean
l'interprète des secrets de Dieu concernant la fin des temps, dans l'Apocalypse.
C'est en effet Michel qui va engager l'ultime combat contre l'Antéchrist et le
Diable, et qui les précipitera éternellement dans l'enfer (Apoc. 12:7). Et lors
du Jugement dernier, il se tiendra, une balance à la main, pour peser nos actes.
La tradition de l'Eglise a gardé la mémoire d'autres miracles de l'Archange
Michel, comme, par exemple, celui accompli à Colosses en Phrygie (commémoré le 6
septembre, Icône ci-contre).
En Dieu, la Justice ne peut être séparée de la miséricorde : « La miséricorde et
la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont embrassées »,
chante le Psalmiste (Ps 84:11). C'est pourquoi, on ne peut commémorer Michel,
l'Ange de la Justice, sans lui associer Gabriel, l'Ange de la Miséricorde. Il
est envoyé par Dieu aux hommes pour leur annoncer les merveilles de son Amour et
de sa bienveillance en vue de leur Salut. Il donna au Prophète Daniel
l'interprétation de la vision énigmatique qu'il avait eue concernant la fin des
royaumes des Mèdes et des Perses (Dan. 8:16), et lui annonça, une autre fois,
que le Christ, le Sauveur du monde, devait venir quatre cent quarante-neuf ans
plus tard (Dan. 9:24). Il fut aussi envoyé auprès de la femme de Manoé au temps
des Juges, pour lui annoncer la naissance prochaine de Samson. Quand, tout à sa
joie, Manoé voulut le retenir pour lui offrir un banquet, Gabriel lui répondit
qu'il ne se nourrissait pas de tels mets et lui recommanda d'exprimer son action
de grâce en offrant un holocauste au Seigneur. Comme on lui demandait son nom,
il répondit : « Pourquoi me demandes-tu mon nom ? c'est un mystère », et il
disparut de leurs yeux dans la fumée du Sacrifice (Juges 13). Il fut le messager
de toutes les heureuses nouvelles de la naissance miraculeuse d'enfants à partir
d'un sein flétri ou stérile. En particulier, c'est lui qui apparut à Joachim et
Anne pour leur annoncer la naissance de la Mère de Dieu, et à Zacharie et
Elisabeth, pour les prévenir de celle du Saint Précurseur (Luc 1). Il a nourri
de la manne céleste la Mère de Dieu pendant douze ans, dans le temple (cf. le 21
nov.), et fut envoyé par Dieu auprès d'elle pour lui annoncer la bonne nouvelle
attendue depuis l'origine du monde: c'est à dire qu'elle devait enfanter Dieu
par l'opération du Saint Esprit. Il vint rassurer Joseph en songe, lorsque
celui-ci était tourmenté de doutes quant à la virginité de la Mère de Dieu (Mat.
1:20). Lors de la naissance du Sauveur, il conduisit les bergers vers la grotte
de Bethléem, pour qu'ils puissent l'adorer. Il prévint Joseph des desseins
meurtriers d'Hérode et lui conseilla de prendre l'enfant et sa mère et de les
conduire en Egypte. Lorsque le danger fut passé, il lui apparut à nouveau en
songe pour lui ordonner de revenir. Lors de la sainte nuit de la Résurrection du
Christ, Gabriel descendit des cieux, revêtu d'une robe blanche étincelante de la
lumière divine, repoussa la pierre qui fermait le tombeau et s'assit dessus.
Lorsque les femmes Myrophores arrivèrent sur les lieux, il les rassura de leur
effroi en disant : « Ne craignez pas. Je sais que c'est Jésus, le Crucifié, que
vous cherchez. Il n'est pas ici.— Il est ressuscité, comme Il l'avait dit »
(Mat. 28:5).
Ainsi, depuis l'origine du monde jusqu'à la Résurrection du Christ et la fin des
temps, le Saint Archange Gabriel est-il le messager envoyé par Dieu pour
annoncer aux hommes les merveilles de Sa miséricorde en la Personne du Seigneur
Jésus Christ.
1. Le nom d'Archange ne se rapporte pas dans ce cas à l'ordre intermédiaire de
la dernière triade, mais désigne la fonction de direction, de commandement, de
Michel, Gabriel, Raphaël etc. De même, le nom d'Ange, peut désigner le dernier
degré de la Hiérarchie ou s'appliquer aux Puissances célestes en général.
2. C'est la même expression qu'utilise le Diacre ou le Prêtre, pendant la Divine
Liturgie, pour attirer l'attention des fidèles aux moments importants de la
célébration ( Evangile, Anaphore, Élévation ).
3. Synaxe : c'est la même expression qui est utilisée pour désigner l'assemblée
eucharistique des fidèles, en union avec les Anges et les Saints.
4. Voir sa synaxe particulière le 26 mars.
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28 décembre 2010.