Le Culte des Sept Archanges |
Trouvé sur le site des Catholiques Romains de la Sainte Tradition Apostolique
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Si le culte des Anges remonte aux débuts du
Christianisme, si même des excès tendant à l’idolâtrie durent être interdits par
le Canon 35 du Concile de Laodicée, il est permis de dire que la dévotion se
développera réellement au moyen âge , — saint Bernard avec ses sermons sur le
psaume ‘Qui habitat’ y fut sans doute pour beaucoup, — et s’épanouira au XVIème
siècle, qui vit notamment un François d’Estaing, évêque de Rodez, se faire
l’infatigable apôtre de la dévotion aux Anges gardiens.
En 1556, dans une église de Palerme dédiée à un martyr de l’Ordre des Carmes,
saint Ange, une fresque oubliée reparut sous le badigeon dont on l’avait
recouverte, et l’on y distingua sept archanges. Des inscriptions les nommaient
et les « spécialisaient » : MICHEL victorius, GABRIEL
nuncius, RAPHAEL medicus… Le premier arborait la palme du
triomphe et l’étendard blanc à croix rouge, le second une lanterne et un miroir
destiné à refléter les ordres divins, le troisième la pyxide des ineffables
remèdes.
Mais les quatre autres ?
URIEL fortis socius, Uriel le fort compagnon, brandissant l’épée
nue et foulant des flammes, une tradition remontant à saint Ambroise et
provenant du IVème Livre (apocryphe) d’Esdras, permettait de l’identifier au
redoutable Gardien du Paradis perdu… De très anciennes habitudes de piété, —
comme en font foi des camées datant du début de l’ère chrétienne, une lame d’or
trouvée dans le tombeau de la fille de Stilicon, — joignaient son nom à celui
des trois grands Archanges nommés par l’Ecriture Sainte et le rendaient presque
orthodoxe, si bien qu’on le trouvera encore, ce nom, dans un Rituel de Chartres
du XVIIème siècle, aux Litanies des malades ([1]).
Les trois derniers, par contre, d’où venaient-ils ? JEHUDIEL
renumerator, muni d’un fouet et d’une couronne, comme exécuteur des
sentences divines ; BARACHIEL adjutor, portant des roses blanches
dans son manteau ; enfin SEALTIEL orator, les mains jointes sur la
poitrine, porte-parole de l’humanité repentante devant le juge…
Il y eut comme un élan des âmes pieuses vers ces Sept Esprits que la Bible nomme
les Sept Yeux, les Sept voix de Dieu et prévoit comme futurs ministres de sa
colère… La dévotion prospéra en Sicile, d’autant plus fervente qu’elle n’était
en somme qu’une reviviscence d’une piété très ancienne et très respectable
envers les Esprits qui se tiennent devant le Trône de Dieu. Les livres inspirés
n’en nommaient que trois. De très bonne heure, on avait cherché à désigner les
quatre autres. Le IVème Livre d’Esdras donnait Uriel et Jérémiel ; le
pseudo-Hénoch fournissait les noms de Raguel, Sariel, Phanuel, Remiel ; par
déformation de ces deux derniers vocables, peut-être, Bède le Vénérable
invoquait Paniel et Rumiel ; des Litanies Carolines, publiées par Mabillon,
indiquent « Orihel » pour Uriel, Raguhel, Tobihel ; « Raguel » se trouve sur un
sarcophage chrétien ; un manuscrit du IXème siècle, conservé à la Bibliothèque
de Cologne, recommande le recours à « Orihel » contre le démon, à Raguhel pour
les voyages, à Barachael lorsqu’on doit solliciter quelque puissant magistrat…
D’autre part, la tradition talmudique énumérait Sammael, Izidkiel, Hananael,
Prosoraiel, Yabsael, se lisent sur un camée gnostique et ceux de Renel et Azael
sur une améthyste gravée du début de l’ère chrétienne ([2]).
Cependant, dès 745, au Concile de Rome, le Pape Zacharie avait formellement
condamné tout autre nom d’ange que Michel, Gabriel et Raphael, condamnation
réitérée par le XVIème chapitre du Concile d’Aix-la-Chapelle en 789.
A l’exception de Barachiel que l’on peut identifier au Barachael de Cologne, les
noms des trois derniers Anges ne s’appuyaient même pas sur une tradition, si peu
autorisée qu’elle fût.
Personne ne parut s’en étonner à Palerme. Un prêtre, Angelo Duca, s’enthousiasma
pour la dévotion rajeunie et la propagea à travers l’Italie. En 1523, une
église, dotée par Charles-Quint, est construite à Palerme en l’honneur des sept
Archanges [3] ; le culte des sept Coopérateurs de Dieu, — selon les termes du
Pseudo-Denys, — reposait sur un principe parfaitement orthodoxe ; ce qui l’était
moins,les noms et les attributs qui ne justifiait aucun passage de l’Ecriture,
suscita d’abord chez le Pape Pie IV une résistance dont triompha la ferveur
d’Angelo Duca ; après Naples et Venise, Rome accueillit cette nouvelle forme de
piété. La grande salle des Thermes de Dioclétien, transformée en église par
Michel-Ange, fut dédiée en 1561 à la Vierge Marie et aux sept Archanges qui
furent représentés sur un retable avec les noms et les attributs de la fresque
de Palerme[4].
Huit ans plus tôt, au cours d’une « épidémie de possessions », on avait invoqué
à Rome, victorieusement, les sept Esprits. Des missels furent imprimés,
contenant leur office ; à leur tour, la Flandre, l’Espagne, la France adoptèrent
le culte des sep Archanges, d’autant plus aisément qu’un livre paru à Rome
n’avait pas peu contribué à « vulgariser » la dévotion parmi les pèlerins de la
Ville Eternelle. En Allemagne, le succès fut tel que l’on attribua la protection
d’un des Archanges à chacun des sept Electeurs. « Idée mystique, digne du moyen
âge », dit M. Emile Mâle qui rapporte le fait. Au siècle suivant, on devait
retrouver les Sept Esprits en Russie orthodoxe. Des Jésuites propageaient leurs
noms jusqu’aux Philippines tandis que des religieuses choisissaient pour patron
de leur monastère l’archange Jéhudiel…
A Rome, pourtant, une réaction se produisit contre les excès d’un culte qui,
orthodoxe dans son d »sir d’honorer les Sept Premiers Anges, aboutissait à
invoquer quatre personnages que leurs noms, leurs fonctions, leurs attributs
n’empêchaient point d’être parfaitement imaginaires.
La tradition fut malgré tout conservée par de nombreux auteurs spirituels. Le
Père Jean de la Cerda, dans son ouvrage ‘De excellentia cælestium spirituum’
(1631), rattachait les noms apocryphes à la tradition orale hébraïque et citait
une hymne latine assignant à chaque Archange une fonction bien définie, ainsi
que sept oraisons différentes. Treize ans plus tard, ce fut le père Paul de
Barry qui publia à Lyon un livre dédié, de la manière la plus charmante, à son
Ange gardien. Après avoir déploré « qu’on ne sache point leurs vrais noms », il
donnait sur les quatre derniers Anges les précisions suivantes : « le quatrième,
Uriel, illumine et instruit les hommes par ses inspirations ; le cinquième les
incite à la prière ; le sixième les invite à la louange de Dieu ; le septième
nous procure les bénédictions du Ciel et nous exhorte au remerciement ». Il
affirmait encore, ayant vu certainement des peintures ou des gravures inspirées
de la fresque de Palerme : « Jéhudiel a fort bonne grâce avec une couronne d’or
en sa main droite et un fouet à trois cordons noirs en l’autre ; et Barachiel
est agréable, ayant au bout de son manteau replié quantité de roses blanches ».
Mais, prudemment, il concluait : « Je ne veux pas par tout cela vous inviter à
la dévotion de ces Anges-là ; j’en laisse faire la semonce à vos inclinations ».
Cette prudence s’imposait. Les noms des quatre derniers Anges avaient dû être
effacés de toutes les peintures qui les représentaient et le culte des Sept
Esprits, à Rome, disparaissait devant celui de la Très sainte Vierge Marie Reine
des Anges.
Une résurgence se produit dans un ouvrage du Père Faber, ‘le Saint Sacrement’,
qui reprend la tradition délaissée et l’enrichit même, « d’après des révélations
privées », voyant en Séaltiel le consolateur d’Agar dans le désert et en
Barachiel l’ange qui annonça la naissance d’Isaac. Selon les mêmes sources, le
Père Fabert attribue à chaque Archange la garde d’un sacrement : à Gabriel, le
Baptême, à Michel la Confirmation, à Raphaël l’Extrême-onction, à Uriel
l’Eucharistie, à Jéhudiel la Pénitence, à Sealtiel l’Ordre et à Barachiel le
Mariage…
Si tout cela peut n’être regardé que comme des rêveries pieuses, il n’en reste
pas moins parfaitement recommandable d’invoquer les Sept Esprits, comme le
préconisait au XVIIe siècle un autre grand dévôt des Anges, H. M. Boudon,
archidiacre d’Evreux. Nous connaissons Michel, Gabriel, Raphaël… sans doute,
bien que l’on puisse estimer avec le Père Paul de Barry que « c’est grand
dommage », ne saurons-nous qu’aux jours apocalyptiques les noms des quatre
Inconnus. Après les excès d’une piété fantaisiste, peut-être a-t-on trop
tendance à les oublier, ceux-là que saint Clément d’Alexandrie appelait les
Princes premiers-nés des Anges.
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[1] Dom Cabrol et Dom Leclerc, Dictionnaire d’Archéologie chrétienne.
[2] Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum, Tome VIII.
[3] Emile Male, l’Art religieux après le Concile de Trente.
[4] Ces attributs sont rappelés par Molien, Liturgie des Anges, Avignon 1939.
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28 décembre 2010.