P. Charles Sauvé

Extrait de L'Ange et l'Homme intimes de Charles Sauvé S.-S., I° Partie : Elévations dogmatiques, tome V, XXVII° Elévation : L'Ange Intime, chap. VI : Le Rôle des Anges, Paris, Vic et Amat, 1901.

 

LE ROLE DES ANGES

Pourquoi la création et la sanctification des Anges ? où tendaient, dans la pensée de Dieu, ces magnifiques manifestations de lumière et d'amour ? Dieu voulait les associer en définitive à son bonheur et à son œuvre de lumière et d'amour. Un bonheur ineffable, qui glorifie Dieu, voilà bien le but de la création et de la sanctification angélique, comme de la nôtre. De ce bonheur, les bons Anges jouissent depuis un nombre de siècles que nous ne connaissons point ; et depuis l'origine de l'humanité, ils travaillent avec Dieu à nous le faire partager. Les mauvais Anges n'ont pas cessé non plus et ne cesseront qu'au dernier jour du monde de travailler contre cette œuvre des bons Anges et de Dieu. C'est ce rôle des bons et des mauvais Anges qu'il nous reste à méditer, soit à l'égard de Dieu, - soit entre eux, - à l'égard des hommes, - et à l'égard du monde inférieur.


I. - RÔLE DES ANGES A L'ÉGARD DE DIEU


Deux puissances dans les bons Anges, dans les démons et en nous : la puissance de la contemplation et celle de l'activité extérieure.

Saint Bonaventure (Centiloq., p.III, sect. XV, Vivès, T. VII, p. 388) nous dit que dans les Anges il y a une double puissance : la puissance de la contemplation et la puissance de l'activité extérieure ; duplex vis Angelica, contemplativa qua contemplantur Deum ; et negotiativa seu administrativa qua negotiantur circa salutem hominum ; leur être glorifié plonge par l'une de ces puissances dans l'éternité, et par l'autre dans le temps. Aucune activité de la terre ne nous donne l'idée de l'activité, du zèle que les bons Anges déploient dans la mission que Dieu leur confie pour le salut de notre âme ; ce n'est pourtant là que leur rôle secondaire ; leur occupation est de contempler Dieu dans des transports de bonheur, et de le louer, de le prier pour nous.


Usage que les bons Anges font de leur puissance contemplative.

La contemplation, ravie, de Dieu est l'occupation principale, non seulement pour les Anges de la hiérarchie supérieure, ou hiérarchie d'assistance, mais pour tous les Anges, pour le moins élevé aussi bien que pour saint Michel. La sainte Écriture, interprétant le fond de leur vie, plutôt sans doute que leurs paroles, nous apprend que les Anges ne se donnent de repos ni le jour ni la nuit, disant sans cesse : Il est saint, il est saint, le Seigneur tout-puissant qui était, qui est, et qui sera toujours. Elle nous montre tous les Anges autour du trône se prosternant et adorant Dieu et disant : Amen, bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu dans les siècles des siècles. Amen (Apoc., IV, 8 ; VII, 12). Isaïe avait vu aussi les Séraphins devant le trône de l'Éternel, chantant à l'envi : Il est saint, il est saint, il est saint, le Seigneur Dieu des armées, toute la terre est remplie de sa gloire (Is., VI, 3).

Voilà le rôle des Anges dans le ciel, c'est aussi le rôle qu'ils aiment de remplir autour du tabernacle. Ces esprits enflammés qui adorèrent Jésus il y a bien des siècles pendant sa vie mortelle : au moment de l'incarnation, à Bethléem, à Nazareth, au désert et dans ses retraites sur les montagnes, dans la passion, dans la mort, dans le tombeau, ... croyez-vous qu'ils puissent le délaisser dans la captivité, la solitude du tabernacle ? Ce n'est pas une illusion que de nous représenter chaque tabernacle environné d'une légion d'anges. Et chaque âme qui possède Jésus en elle par la sainte Communion est environnée aussi, sans doute, d'anges prosternés ; est-ce le nombre qui leur fait défaut ou serait-ce l'amour ? Ce serait ridicule ou odieux à penser. Ils nous entourent et nous n'y songeons pas. Et là, près de nous, ils sont en pleine vision de l'Infini. Oui, " tous ces Anges voient la splendeur de Dieu ; ils y sont sans cesse baignés. Pour nous, dans cette lumineuse présence de Dieu et des Anges, nous sommes des aveugles-nés allant et venant sous un ciel splendide qui nous inonde de ses clartés que nous ne pouvons percevoir ; nous marchons dans la nuit et comme à tâtons, guidés par la main paternelle de Dieu, par les soins des Anges, heureusement si parfois notre cœur est assez pur pour que le toucher délicat des aveugles lui soit accordé, de sorte qu'il tressaille à ce contact surnaturel ; et pour que les rayons qui dardent d'en haut sur lui puissent y allumer le feu de la charité qui éclaire et réjouit nos ténèbres (L'Auteur de l'Imitation de l'Enfant Jésus, mss.). " Ah! si nous pensions à cette vision, lumineuse et ravie, de Dieu par les saints Anges qui nous entourent, ainsi que par ceux, - et ce peuvent être les mêmes, - qui entourent Dieu dans le ciel, cette pensée nous consolerait et nous fortifierait, et nous unirions bien souvent nos louanges aux louanges des Anges. Nous les supplierions, surtout autour du tabernacle et à l'heure de la sainte Communion, de suppléer à notre aveuglement et à nos langueurs.


Usage qu'en font les mauvais Anges.

Les démons et les damnés conservent à jamais cette double puissance de la contemplation et de l'activité intérieure. Mais éternellement cette force contemplative qui est en eux sera privée du grand objet qui devrait la ravir, elle se débattra dans un vide affreux. De là une haine et une rage inextinguibles. De là aussi une activité extérieure désordonnée par laquelle les démons essaient de tromper leurs tourments en se vengeant contre Dieu et contre les âmes tant aimées de Dieu. Mais un jour cette diversion elle-même leur manquera ; ce sera la privation pure et simple de Dieu, de Dieu ravissement de l'intelligence, de Dieu délices du cœur. Ces misérables, qui ne voulurent pas glorifier Dieu par l'amour, le glorifieront par leur châtiment sans mitigation et sans dérivatif, comme sans retour. Ils verront que Dieu n'a rien perdu par leur défection, mais eux ils ont tout perdu en perdant pour l'éternité sa vue et son amour.


Usage que nous devons en faire.

Nous avons aussi en nous ces deux puissances : la puissance de la contemplation et la puissance de l'activité extérieure. Hélas ! et qu'elles sont nombreuses les âmes où ces deux activités se combattent, où l'activité contemplative succombe dans cette lutte ! Que devient alors l'activité du zèle ? Une activité naturelle, plus ou moins stérile, qui, si elle sauve encore des âmes, doit sa fécondité à des prières, à des saintetés inconnues, à des vies qui semblent insignifiantes à nos yeux, mais qui, devant Dieu, sont riches de contemplation, de prières, de sacrifices.

Notre voyage sur la terre doit, pour être saint et fécond, .imiter celui de l'archange Raphaël : il s'en allait là où la divine Providence le voulait, mais, au milieu de cette activité extérieure, il vivait d'une nourriture et d'un breuvage invisibles : Ego cibo et potu qui ab hominibus videri non potest utor (Tob., XII, 19). Il se nourrissait de la Vérité infinie, de l'Amour infini. Ainsi doivent faire nos âmes. Alors notre vie extérieure pourra paraître vulgaire, comme la vie des malheureux qui oublient Dieu ; mais, au fond, qu'elle sera riche, sainte et féconde !

Et, en même temps, ira se développant dans notre âme le désir de voir Dieu comme le voient les Anges, et si notre vie ainsi redouble de souffrance, elle redoublera aussi de valeur et de fécondité. " Ces sublimes esprits, dit la B. Varani (Vie, trad. des Bolland., p. 88, Clermont, Thibaut-Landriot), entrant avec moi, comme avec une amie, dans une conversation familière, me dirent : ne pouvant jouir de Dieu pendant que vous êtes captive dans la prison de votre corps, vous êtes réduite à former des désirs d'autant plus cruels que leur flamme est plus vive. Chez nous, au contraire, le désir étant toujours uni à la présence du Bien-Aimé, plus il est ardent et plus i1 augmente notre félicité. " Quand viendra pour nous ce temps où nous désirerons Dieu en le voyant, et où nous le verrons en le désirant, de sorte que ce sera un flux et reflux de ,jouissance et de désir qui ne fera que rendre toujours nouvelle notre joie de le posséder et de l'aimer !



II. - RÔLE DES ANGES ENTRE EUX


Contemplons d'abord les saints Anges dans leurs relations mutuelles. Le principe qui peut diriger ici notre contemplation, c'est que leurs relations sont affaire de lumière et d'amour. Les saints Anges, d'abord, se parlent mutuellement les uns aux autres et ils s'illuminent les uns les autres.


Les bons Anges se parlent.

I. - Les hommes facilement conversent entre eux : sans ces conversations que serait la vie ? Si la parole joue souvent parmi les hommes un rôle détestable, combien n'y a-t-il pas de conversations pures, élevées et saintes ! C'est un écho sur terre de conversations angéliques, mais bien imparfait et bien lointain. Saint Thomas nous dit que, pour se parler, les Anges n'ont qu'à diriger leur pensée vers les autres Anges. C'est comme un jet de lumière spirituelle, et tout de suite leur pensée est comprise. Chaque Ange, naturellement, comme chaque âme, à moins qu'il ne le veuille, est un secret pour toute créature. Dieu seul, - et Notre-Seigneur est Dieu, - peut naturellement pénétrer ce secret. Mais combien ces esprits si aimants doivent être expansifs et volontiers s'ouvrir les uns aux autres ! Et qui dira les respects et les amitiés que se témoignent mutuellement les saints Anges, soit qu'ensemble ils se contentent d'assister Dieu, de le louer ou de l'aimer ensemble, et de s'aimer les uns les autres sous son regard et dans son sein, soit que, sans perdre la vue de Dieu, ils se mêlent aux foules humaines et nous entourent de leurs soins les plus actifs et les plus tendres ! Si nous pouvions entendre les conversations de nos Anges gardiens ! Et qui nous en empêche ? Combien nous avons tort de nous trouver parfois bien seuls alors que toujours les Anges sont là, qui se parlent entre eux et voudraient nous parler !


Les bons Anges s'illuminent les uns les autres.

Et les saints Anges s'illuminent aussi les uns les autres. L'illumination angélique dit plus que la conversation angélique, elle suppose que les Anges supérieurs enseignent aux Anges inférieurs des vérités naturelles ou surnaturelles que sans leur illumination ils ne connaîtraient pas (*). Voyez-vous la lumière descendre d'ange en Ange ? " Je suppose volontiers que les clartés comme les beautés divines se réfléchissent dans le miroir des Anges supérieurs et que ce reflet vivant, amoureux et voulu, de la lumière de Dieu, se réfléchit encore sur les Anges inférieurs et, du miroir de ces purs esprits, sur celui de notre âme. Ainsi les clartés spirituelles du ciel parviennent à la terre pour éclairer la nuit des âmes, comme il a plu à Dieu d'éclairer les ténèbres matérielles par le moyen de cet astre si doux et si chaud qui recueille pour nous et nous transmet la lumière du jour (Anonyme cit.). " Il en tomberait sans cesse en moi, de ces lumières sanctifiantes et joyeuses, si le miroir de mon âme était plus pur et s'offrait mieux à elles par le recueillement et la prière.

(*) Ce rôle des Anges n'exclut pas celui de Dieu, il l'implique au contraire. Saint Thomas suppose que, lorsque 1'ange supérieur apprend à l'ange inférieur au moins des choses qui dépassent sa portée naturelle, Dieu, de son côté, dispose l'intelligence de l'ange inférieur en y mettant des idées nouvelles ou en modifiant les idées anciennes. Ainsi le système de l'occasionnalisme, gratuit pour l'homme, vu sa nature spéciale, trouve son application dans une certaine mesure parmi les Anges.


Les bons Anges s'aiment.

Et les saints Anges s'aiment d'un admirable amour. Il y a dans le ciel des puissances de tendresse, de dévouement et d'union, insoupçonnées sur terre ; c'est que l'amour de Dieu est là, qui circule au milieu de ces bienheureux esprits ; un courant de mutuelle et profonde sympathie traverse éternellement les légions angéliques. Que c'est beau, cette pensée de la B. Varani : " Ces sublimes esprits, dit-elle (Vie, p. 88), essayèrent de me faire comprendre leur présence intime avec Dieu, en disant que Dieu ne veut pas qu'ils soient un seul instant loin de lui, et qu'eux ne pourraient vivre, tant soit peu que ce fût, privés de son aimable présence. Ils me déclarèrent, en outre, qu'il existe une union si étroite entre les Séraphins et les Chérubins qu'ils ne pourraient s'occuper des âmes les uns sans les autres. Tantôt, ajoutèrent-ils, ce sont les Chérubins qui volent vers elles les premiers, tantôt ce sont les Séraphins. " Il me semble qu'il y a là une admirable image de l'amitié des Personnes divines. Là où le Chérubin adorable, l'Esprit-Saint est envoyé, là aussi est envoyé le Fils, et là vient spontanément le Père. Chaque Ange ne saurait être réellement partout où sont envoyés les autres Anges, mais il y va, du moins, par la sympathie et l'amour, tant est grande l'union du ciel. Ainsi par la sympathie et la prière, la direction de la vie et des sacrifices, devons-nous suivre même au loin les travaux, les missions des Anges de la terre : pasteurs des paroisses, prédicateurs, écrivains, missionnaires...


Pourquoi les démons se parlent et s'illuminent. Ils sont asservis les uns aux autres par la force et non unis par l'amour.

Quelles sont les relations des démons entre eux ? Ils se parlent aussi, comme les bons Anges, mais c'est pour se dire des secrets de haine ; les plus élevés parmi les démons illuminent leurs inférieurs, mais de lumières infernales. Et point d'amour entre eux, l'enfer est le règne de la crainte et de la force. On dit parfois que, dans l'armée, on sait obéir ; c'est peut-être dans l'armée, lorsqu'elle n'est pas chrétienne, qu'on obéit le moins. Où l'on obéit véritablement, c'est là où l'on voit Dieu dans les supérieurs, et sa volonté dans leurs ordres légitimes ; c'est dans l'Église de Jésus-Christ, par conséquent, que vous trouverez la vraie obéissance. Mais, dans l'Église de Satan, il n'y a point d'obéissance, il n'y a que despotisme et soumission contrainte. Les plus forts parmi les démons forcent les autres, comme des esclaves, à faire leur volonté, de même que nous voyons parmi les hommes des intelligences et des volontés plus puissantes s'imposer à des volontés plus faibles. D'ailleurs une haine mutuelle rend les démons odieux les uns aux autres. Peut-être, cependant, détestent-ils plus encore les hommes, parce qu'ils voient en eux des créatures amies de Dieu ou appelées à l'être, tandis que, dans les démons, la ressemblance divine de la grâce étant effacée pour jamais, ils n'ont plus à l'y détruire ; ils se haïssent pourtant comme ils nous haïssent nous-mêmes d'une haine inexorable.

" Je vis une Cité, dit Mechtilde de Magdebourg (La Lumière de la Divinité, p.261, Paris, Oudin), elle s'appelle Haine éternelle. " Quel mot vrai, profond, terrifiant, pour caractériser cette affreuse cité des démons ! Mon Dieu, préservez-nous d'entrer jamais dans cette société où l'on n'aime plus, dont la loi est la haine éternelle !


Lutte des saints Anges et des démons.

III. - Entre les bons et les mauvais Anges, une lutte implacable a commencé dans le ciel, et s'est poursuivie sans relâche sur la terre pour ne cesser qu'au dernier jour du monde. Les saintes Écritures se contentent de nous en signaler seulement quelques épisodes ; elles nous parlent, par exemple, du grand combat qui eut lieu dans le ciel entre saint Michel et Lucifer ; elles nous parlent encore de l'altercation de ce prince des saints Anges avec le démon qui lui disputait le corps de Moïse pour l'offrir à l'idolâtrie des Israélites.

Mais nous savons bien que ce combat est continuel et, qu'à chaque heure, sur mille et mille points du monde, les bons Anges, qui haïssent les démons de la haine de Dieu, et qui nous aiment profondément, luttent contre eux et pour Dieu. " Il ne faut point s'imaginer dans ce combat, ni des bras de chair, ni des armes matérielles, ni du sang répandu comme parmi nous : c'est un conflit de pensées et de sentiments (Bossuet, Elév., 4° sem., 3° Élév.). " - " Le combat se fait par la lumière et la raison, par des pensées intellectuelles d'entendement, et par des résolutions inflexibles (Jeanne de Malte (Hello), p.69). " C'est l'amour et la haine qui sont aux prises. L'amour et la haine de Dieu, qui fondèrent les deux cités en se doublant de l'amour ou de la haine des hommes, empêchent que jamais ces deux cités ne désarment. Nous sommes, avec la gloire de Dieu, l'objectif et l'enjeu de ce combat redoutable. Les démons visent, dans leur lutte contre les saints Anges, un double mal de Dieu et des hommes : le péché et l'erreur.


Objectif de cette lutte.
Double mal visé par les démons et qui peut être prévenu par les saints Anges.

Partout où ils ne sont pas tenus en échec par nos prières et par les bons Anges, - outre qu'ils travaillent à désunir les peuples, ou à rendre impossible leur rapprochement, à fomenter entre eux et au sein de chacun d'eux les malentendus et les haines, - ils attisent en chacun de nous les mauvaises passions : " Votre cœur est-il déjà effleuré par quelque commencement d'amour, ils soufflent cette petite étincelle jusqu'à ce qu'elle devienne un embrasement ; ils vous poussent de la haine à la rage, de l'amour au transport, et du transport à la folie. Que s'ils vous trouvent éloigné du crime, ils vous y mèneront pas à pas ; ils se rabaissent, dit saint Jean Chrysostome, ils s'accommodent à votre faiblesse, ils usent avec vous de condescendance (Mgr Gay, Sermons, t.II, p.22, 23). " Voilà la première œuvre qu'ils poursuivent avec une infernale constance contre les saints Anges.

Il est une œuvre cependant, qui leur est plus chère encore. Êtres de ténèbres et de mensonge, ils tiennent plus à répandre l'erreur que la corruption, car lorsque les esprits sont appauvris de vérité, lorsqu'ils sont faussés par l'erreur, ce n'est plus pour eux qu'un jeu de pervertir les cœurs, et souvent sans retour. Qu'y a-t-il de plus inoffensif qu'une erreur ? disait un pauvre prêtre égaré par le libéralisme. Satan, que l'on fait apparaître dans je ne sais quel drame allemand, se montre plus avisé quand il dit : Donnez-moi une erreur dogmatique et je vous cède en échange un siècle de péché (cf. Mgr Gay, Retraite, p.354).

Oh ! que nous devons implorer les saints Anges, afin qu'ils neutralisent cette action aveuglante et corruptrice des démons, afin que, dans " le chaste amour " et " l'étroite amitié " qu'ils ont pour nous, ils protègent contre les démons l'intégrité de nos sens, la sainteté de nos âmes, la fidélité de notre cœur et plus encore la virginité de notre foi, la pureté et la fermeté de nos convictions !



III. - RÔLE DES ANGES A NOTRE ÉGARD


Le rôle des saints Anges à notre égard est affaire d'amour autant que d'obéissance.

Oui, les saints Anges nous aiment d'un chaste, tendre et profond amour ; ils nous aiment plus que les démons ne peuvent nous haïr, car la haine des démons n'est qu'une haine naturelle, et la charité des saints Anges est une imité surnaturelle, divine. Il faut que nous réfléchissions à cette pensée : que le rôle des bons Anges est affaire d'amour, comme le yole des démons affaire de haine.

I. - Assurément, les bons Anges se font une fête d'obéir à la volonté de Dieu, et si notre foi était plus vive, elle les verrait comme des abeilles divinement vives et glorieuses voler aux fleurs, voler aux âmes où les attire Dieu, son bon plaisir. Ce qui doit nous toucher davantage, c'est que l'amour qu'ils portent à notre âme ne les attire pas moins que l'obéissance, c'est de songer qu'ils nous aiment de l'amour le plus tendre et le plus profond. Boudon (Migne, t.II, p.832), dans son très pieux livre sur la dévotion aux neuf chœurs des Anges, compare leur amour à tous les amours créés : amour de la mère la plus tendre, - amour du frère le plus dévoué, - amour de l'amant le plus passionné, - amour du pasteur le plus vigilant, - amour du médecin le plus charitable, - amour de l'avocat le plus dévoué à son client, - amour du meilleur des maîtres, - amour du docteur le plus communicatif, - amour du roi le plus courageux. Tel est l'amour des saints Anges pour notre âme.

A ces caractères qui peuvent former, à eux seuls, le thème d'une excellente méditation, ajouterai-je avec sainte Madeleine de Pazzi (Oeuvres, t.II, p.342, Paris, Palmé) dans une page qu'il faudrait transcrire, que cet amour est un amour intense qui a sa source dans le cœur du Verbe, - un amour d'extension qui fait naître la joie, - un amour de souvenir, ... et, si l'on était attentif à la voix de son bon Ange, on penserait toujours à la passion du Verbe, - un amour de vérité, - un amour de régénération, - un amour d'union, - un amour de communication, - un amour de transformation, - un amour de préservation...?


Formes que prend cet amour.

Et comment se traduit cet amour des saints Anges ? Tantôt il nous ouvre une source dans le désert comme à la fugitive Agar ; - comme à Sara, il nous donne sur l'avenir des vues qui nous font sourire, non comme elle d'un sourire de défiance et d'incrédulité, mais d'un sourire de joie. - Les Anges encore entendent nos prières comme ils entendirent la prière d'Abraham priant pour Sodome. - Ils nous apportent un pain miraculeux comme à Élie et nous réconfortent pour un long voyage. - Ils touchent nos lèvres d'un charbon ardent, comme ils purifiaient les lèvres d'Isaïe. - Ils nous annoncent la fin de notre captivité, comme autrefois ils annonçaient à Daniel la fin de la captivité d'Israël. - Ils nous accompagnent, comme Raphaël, dans le voyage. - Ils nous annoncent des mystères divins comme ils annoncèrent l'Incarnation à la Très Sainte Vierge. - Ils nous visitent, comme saint Joseph, dans le sommeil. - Comme Notre-Seigneur au désert ou au Jardin des Oliviers, ils nous félicitent de nos luttes et de nos victoires, ou nous fortifient dans nos tristesses et nos angoisses. - Ainsi qu'aux saintes femmes, ils nous annoncent la gloire de notre Maître adoré. - Ils nous délient, comme saint Pierre, de nos liens invisibles. - Ils parlent à notre oreille, eux qui parlaient à l'oreille de saint Ambroise... - Comme pour saint François d'Assise ou sainte Thérèse, ils pénètrent, sinon nos pieds, nos mains, notre côté, de plaies, du moins nos cœurs de tendresse envers Jésus souffrant et mourant. Et je ne finirais pas si je voulais dire toutes les formes de l'amour angélique.

Mais, parmi tous les rôles dont l'amitié des saints Anges se charge à notre égard, aucun n'est plus intéressant que leur rôle de messagers de la terre au ciel, du ciel à la terre, et sur la terre d'une âme à d'autres âmes même très éloignées, de la terre au purgatoire, et leur rôle de gardiens.


Messages angéliques de la terre au ciel.

Jacob, dans sa vision sublime, les voyait monter et descendre sur cette échelle mystérieuse qui allait de la terre au ciel, et Notre-Seigneur annonçait aux apôtres qu'ils verraient les Anges monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme. Et c'est continuellement que se réalise pour notre âme cette vision de Jacob et cette prophétie de Notre-Seigneur.


Ils offrent à Dieu nos œuvres, nos larmes, nos souffrances.

" D'abord les Anges offrent à Dieu nos aumônes et nos bonnes œuvres ; ils recueillent jusqu'à nos désirs ; ils font valoir devant Dieu jusqu'à nos pensées. Surtout qui pourrait assez exprimer combien abondante est leur joie quand ils peuvent présenter à Dieu, ou les larmes d'un pénitent, ou les travaux soufferts pour l'amour de lui en humilité et en patience ?" (Bossuet, Panég. pour la fête des Anges gardiens, 2° p., Vivès, t.XII, p.346).

Ne pensez-vous pas qu'ils nous provoquent à pleurer de componction, aussi bien que de joie ? " Et quant aux larmes de la pénitence, que puis-je dire de l'estime qu'ils font d'un si beau présent à offrir à Dieu ?... Ils aiment aussi à lui présenter nos souffrances. Vous qui vivez dans les afflictions ou qui languissez dans les maladies, si vous souffrez vos maux avec patience, en bénissant la main qui vous frappe, quoique vous soyez peut-être le rebut du monde, réjouissez-vous en Notre-Seigneur de ce que vous avez un Ange qui tient compte de vos travaux. Ils regardent avec respect nos blessures comme de sacrés caractères qui nous rendent semblables à un Dieu souffrant... Je dis quelque chose de plus, ils les regardent avec jalousie... Et ces esprits bienheureux, qui ne peuvent présenter à Dieu leurs propres souffrances, empruntent du moins les nôtres pour les lui offrir (Ibid., p.347). "


Nos prières.

Et ils offrent aussi à Dieu nos prières : " Encore que les oraisons soient d'une telle nature qu'elles s'élèvent tout droit au ciel, ainsi qu'un encens agréable que le feu de l'amour divin fait monter en haut, néanmoins le poids de ce corps mortel leur apporte beaucoup de retardement... Quand nous offrons à Dieu nos prières, quelle peine d'élever à lui nos esprits : au milieu de quelles tempêtes formons-nous nos vœux ? Combien de vaines imaginations, combien de pensées vagues et désordonnées, combien de soins temporels qui se jettent continuellement à la traverse pour en interrompre le cours ? Étant donc ainsi empêchées, croyons-nous qu'elles puissent s'élancer au ciel et que cette prière faible et languissante qui, parmi tant d'embarras qui l'arrêtent, à peine a pu sortir de nos cœurs, ait la force de percer les nues et de pénétrer jusqu'au haut des cieux ? Qui pourrait le croire ? Sans doute elles retomberaient de leur propre poids, si la bonté de Dieu n'y avait pourvu. Je sais bien que Jésus-Christ, au nom duquel nous les présentons, les fait accepter, mais il a envoyé un Ange que Tertullien appelle l'Ange d'oraison : c'est pourquoi Raphaël disait à Tobie : Obtuli orationem tuam Domino (Tob., XII, 12) ; " J'ai offert ta prière au Seigneur. " Cet Ange vient recueillir nos prières et " elles montent, dit saint Jean, de la main de l'ange jusqu'à la face de Dieu (Apoc., VIII, 4) ". Admirons combien il leur sert d'être présentées d'une main si pure. Elles montent de la main de l'ange parce que cet Ange se joignant à nous, et aidant par son secours nos faibles prières, leur prête ses ailes pour les élever, sa force pour les soutenir, sa ferveur pour les animer. Que nous sommes heureux d'avoir des amis si officieux, des intercesseurs si fidèles, des interprètes si charitables ! (Ibid., p.345, 346.) "

Je veux bien souvent vous charger, saints Anges, puisque je sais que cette charge vous est douce et chère, je veux souvent vous charger de mes adorations, de mes actions de grâces, de mes prières et de mes désirs, que je vous supplie de rendre vastes et ardents comme les vôtres ; de mes travaux, de mes œuvres de zèle, de mes peines, de mes souffrances, de mes larmes, de mon repentir, pour que vous les offriez à Dieu.


Messages du ciel à la terre.

Mais sur l'échelle mystérieuse, Jacob voyait redescendre les Anges. Par eux, sans cesse, il peut y avoir des messages du ciel à la terre : messages de lumière, messages de pardon, messages de paix, de joie, de consolation, de courage, de force ; messages chargés de toutes grâces dont nous pouvons avoir besoin. Il dépend de moi que ces messages deviennent plus fréquents pour mon âme, et plus féconds et plus efficaces.


Messages d'une âme à l'autre sur la terre.

" Les Anges qui portent les messages de la terre au ciel et du ciel à la terre les portent aussi d'une âme à l'autre jusqu'aux extrémités du monde, plus rapide que l'éclair. La charité dans un cœur pur peut inspirer à l'homme les sentiments, les désirs de l'ange pour le souverain Bien ; mais enfermé dans la prison de son corps, il est faible, impuissant à accomplir ou à communiquer le bien ardemment souhaité. Les Anges ne connaissent point d'obstacles ; ni paroles, ni son, ni aucun signe ne leur sont nécessaires pour exprimer leur pensée qui se transmet directement d'esprit à esprit. Prions-les donc de suppléer à ce que nous ne pouvons faire, de parler aux âmes que nous voudrions atteindre et de leur porter un rayon céleste de charité et de consolation (Anonyme cit.). "


Messages de la terre au purgatoire.

Ce rayon céleste de charité et de consolation, ils le peuvent porter aussi, grâce à notre prière, aux âmes du purgatoire. C'est une de leurs joies que de communiquer à ces âmes bien-aimées les indulgences, et aussi les suffrages ou satisfactions privées, que nous pouvons réaliser sans cesse par nos prières, par nos travaux et par nos sacrifices ; et nous ne saurions concevoir le bonheur des saints lorsque, au chant de l'In exitu Israël de AEgypto, ils introduisent les âmes purifiées dans la terre promise éternelle, dans le ciel, où elles vont voir, goûter, aimer, louer, glorifier Dieu dans des transports indicibles et sans fin.


Amour des Anges, dirigé particulièrement vers telle nation, telle Église, telle âme.

Et cet amour des Anges, si actif et si varié dans ses formes, n'agit pas à l'aventure, il suit un plan dirigé par l'amour de Dieu.

Il y a des Anges députés pour la garde de chaque royaume. Nous voyons, par exemple, dans la sainte Écriture, l'ange des Perses plaider contre l'archange Gabriel afin de conserver encore le peuple juif au sein de la nation qui lui était confiée : les bons Anges, si cette interprétation est vraie, ont donc parfois leurs vues différentes ; à plus forte raison les Anges plus imparfaits de la terre, je veux dire les hommes amis de Dieu et les saints eux-mêmes, peuvent-ils avoir leurs controverses. Des commentateurs graves croient que cet Ange des Perses était au contraire un démon ; mais si Satan députe un démon pour chaque peuple, à plus forte raison Dieu ne manque-t-il pas de députer un de ses bons Anges pour chaque nation.

Sans doute encore, Dieu charge un Ange de veiller sur chaque Église et peut-être sur chaque ville ; il en envoie dans chaque oratoire ou temple, et autour de chaque tabernacle. Le moyen de croire, lorsqu'on songe au nombre incalculable des Anges, qu'un seul tabernacle puisse demeurer un instant sans être entouré de ces adorateurs célestes ? Ah ! qu'il faudrait prier les Anges des tabernacles de suppléer à nos absences, à nos indifférences, à nos langueurs ! Ah ! qu'il faudrait vénérer et implorer les Anges des villes et des peuples, et, en particulier, saint Michel, patron de la France !


Notre Ange gardien.

Ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas une âme qui n'ait son Ange gardien. Ainsi non seulement chacun de nous peut être patronné par toute la cour céleste, mais il a son Ange particulier. Ah ! si je pensais davantage à cette conduite admirable de la Providence ; si je formais une intime alliance avec cet esprit, choisi par Dieu pour être le meilleur ami de mon âme ! Il me semble que cet Ange qui voit sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux doit ressembler à mon âme si je suis tel que Dieu me veut. " Il me semble que chaque âme doit porter la ressemblance et le reflet de son Ange gardien. Il me semble que ce pur esprit qui est notre compagnon et notre guide doit avoir le même tempérament spirituel que l'âme qui lui est confiée, mais l'idéal de ce tempérament tel qu'il brillera dans l'homme parfait, réformé par la résurrection glorieuse ; de sorte que ces bonnes pensées qui nous viennent de cet esprit céleste soient le reflet et l'émanation de sa glorieuse beauté (Anonyme cit.) "

Et le bon Ange, modèle le plus proche et le plus particulier de notre âme, est pour elle " comme le sacrement vivant, conscient, actif, de cette Providence divine à qui rien n'échappe, parce qu'elle est l'œil d'une science infinie, et que tout, - dans notre âme et dans notre vie, - intéresse, parce qu'elle est le regard d'un amour qui n'a point de bornes (Mgr Gay, Conf. aux Mères chrétiennes, t.II, p.400.) "

" Oh ! quelle amitié nous devons avoir pour notre Ange gardien ! Avec quel respect nous devons vivre en sa présence pour ne point offenser ce prince du ciel, si noble et si délicat ! Quelle révérence envers sa nature si pure ! Quelle confiance en sa bonté ! Aimons cet ami ultime que Dieu a donné à chacun de nous toujours présent, toujours dévoué ; agissons avec lui, prions avec lui ; invoquons-le dans toutes nos difficultés même les plus humbles ; ce bon Ange nous rendra tous les services. Notre-Seigneur, lui-même, est venu sur terre, non pour être servi, mais pour servir. L'idée de la grandeur et de la noblesse du ciel abaissé jusqu'au service de l'homme, nous confond, et nous croirions ce prodige impossible si Jésus lui-même ne l'avait affirmé par ces paroles formelles et démontré par l'exemple de toute sa vie. Notre bon Ange gardien veut donc bien aussi être notre serviteur ; il est prince à la cour du Roi de l'humilité, il est humble ; nous pouvons, sans crainte de l'offenser, solliciter en toutes choses le secours de cet ami fidèle dont notre pauvre nature grossière, loin de rebuter la glorieuse délicatesse, ne fait qu'exciter la plus tendre commisération (Anonyme cit.). "

Cet Ange gardien dont le caractère répond peut-être au caractère de notre âme, beaucoup d'auteurs disent qu'il répond aussi à la vocation de chaque âme : il y a, on peut le croire, des Anges particulièrement choisis pour les âmes qui se vouent à la vie religieuse ; à plus forte raison pour les âmes sacerdotales ; à plus forte raison aussi des Anges plus élevés sont-ils députés auprès des évêques, Anges visibles des Églises, et auprès du Souverain Pontife, Ange visible de l'Église universelle.

On peut croire aussi que lorsque Dieu confie à une âme quelque entreprise plus difficile, il députe auprès d'elle de nouveaux Anges : le ciel en est si riche, et l'amour de Dieu est si libéral, et le zèle des Anges est si ardent et si vaste !

Enfin, il est à croire que, si Satan députe des démons pour développer telles passions, tels péchés, Dieu aussi charge tel Ange de telle vertu. Catherine Emmerich (*) a-t-elle eu tort de voir, par exemple, l'ange Raphaël se faire le guide et la force de sainte Ursule et de ses compagnes dans leur grand voyage et leur grand combat ? Il y a les Anges de la pureté, les Anges de la patience, les Anges de la douceur, les Anges de la foi, de la lumière, les Anges de la charité... Invoquez donc ces Anges afin d'être vous-même un Ange de pureté, un Ange de piété, ou de patience et de douceur, de lumière, de charité, de dévouement.

(*) Vie, tome III, p.372, et passim : cf. aussi La Cité mystique. Ici, comme sur les autres points de cette Élévation, Catherine Emmerich et Marie d'Agréda sont à consulter. Celui qui lira leurs ouvrages avec simplicité, ou, pour mieux dire, en regardant plutôt aux principes qu'aux applications de leur théologie, y trouvera de vives lumières, de grandes beautés.

Bien que ma vie, je le vois, ait été, sans que trop souvent elle s'en doutât, toujours entourée par les Anges, mêlée à la vie angélique, mon cœur les a trop oubliés. Puis-je alléguer que je ne les connaissais pas ?

Qu'est-il besoin de connaître d'une manière spéciale soit les Anges gardiens de ceux qui nous entourent, soit le nôtre, pour entrer avec ces Anges amis dans les relations les plus intimes ? Ne suffit-il pas de savoir combien ces saints Anges sont dignes de notre souvenir, de notre vénération, de notre amour, et que nous sommes partout près d'eux, mêlés à eux ? " Je sais des gens, dit Boudon, qui font un saint pacte avec ces glorieux esprits, par lequel ils veulent et ont l'intention de les saluer autant de fois qu'ils saluent quelques personnes, quoique pour lors ils n'y fassent point de réflexion. Mais je sais des âmes qui en ont pris si saintement cette habitude que souvent, en même temps qu'ils voient une personne, la pensée et la vue intérieure de l'ange qui la garde leur est donnée (Cf. Boudon, Migne, t.II, p.910). "

Je veux imiter ces âmes de foi, mais surtout je veux penser davantage à mon Ange gardien ; voir en lui mon meilleur ami et mon modèle plus rapproché. Je veux, comme cette fervente fille de Sainte-Thérèse (Eugénie du Saint-Sacrement), " l'établir le portier de mon cœur " ; bien mieux, l'y recevoir comme un hôte (*) vénéré auquel je ferai fête, à qui je dirai tous mes secrets, que j'écouterai comme un oracle, que j'implorerai très souvent.

(*) Dieu seul peut, à la rigueur, être l'hôte de notre âme, seul il peut habiter physiquement dans notre âme, mais du moins les Anges peuvent habiter dans notre corps. A l'exemple de très pieux personnages, tels que le V. Lefèvre et le P. Surin, nous pouvons demander aux saints Anges d'être en nous pour inspirer nos paroles, diriger nos actions et nos démarches, nous aider à supporter et à sanctifier nos souffrances ou les guérir. Une légion de démons étaient entrés dans le corps du possédé de Gadara, la contre-partie de ce redoutable phénomène est possible évidemment, et du moins un ou plusieurs Anges peuvent-ils, à notre appel, être présents à nos côtés et même en nous.

" O mon cher Ange gardien, je vous plains de ce que c'est moi que vous avez à garder, tandis que d'autres Anges ont gardé des saints et des élus d'une entière bonne volonté. Saint Ange, mon ami fidèle, je vous demande pardon de tout ce qui vous offense et vous afflige en moi. Vous ne voulez autre chose que plaire à Dieu, et puisque c'est moi qu'il a remis à vos soins, vous ne désirez pas un poste plus beau ni plus brillant. Je vous aime, mon bon Ange ; comme vous, je veux me contenter de ce que Dieu me donne, et pour satisfaire mon Dieu, qui est mon amour et le vôtre, ma fin et la vôtre, cher Ange, et pour vous satisfaire, et vous honorer aussi, je veux de tout mon cœur me sanctifier dans la condition et le genre de vie où la Providence m'a placé. Heureux le jour où, les combats contre le mal étant finis, nous nous embrasserons pour la première fois, moi vous voyant, et nous commencerons à nous réjouir ensemble pour l'éternité (Anonyme cit.). "


Rôle des démons à notre égard.

II. - Il nous reste à contempler le tableau, effrayant pour la foi, du rôle des démons à notre égard. Ce dont il faut ici nous bien convaincre, c'est que ce rôle des démons est une affaire de haine.

La haine, la haine mortelle de Dieu et de nos âmes, voilà leur seul mobile ; et, vous le voyez, nous sommes donc placés et nous vivons donc entre l'amour et la haine : entre l'amour ardent des saints Anges et la haine, ardente aussi, des démons. Et peut-être, comme des enfants inconscients, nous ne songeons pas à cette situation, si tragique, qui doit se dénouer par le ciel ou par l'enfer.

Si l'amour des saints Anges prend toutes les formes, on peut bien dire aussi que la haine des démons, par une infernale émulation de la charité divine, sait se faire toute à tous ; elle est extrêmement ingénieuse, et tous les moyens lui sont bons. La science dont cette haine dispose est, du reste, doublée d'une terrible expérience. Voilà bien des milliers d'années que les démons ont affaire aux hommes. Ils connaissent à merveille tous les ressorts de la vie humaine : et, s'ils sont plus habiles que tous nos physiologistes et tous nos psychologues, ils sont plus expérimentés que tous nos moralistes ou tous nos politiques.

Voulez-vous entendre plusieurs voix graves vous parler de leur habileté, de leur puissance ?

" La puissance naturelle des démons est effroyable. Ils peuvent agiter vos esprits, remuer en vous les images que vous gardez des choses, faire saillir, à propos, celles qu'ils savent les plus périlleuses, parce qu'ils voient que vous les préférez. Ils peuvent vous livrer à la rêverie et, au travers de charmantes vapeurs, vous couler des desseins ténébreux. Si votre sang s'allume, ils peuvent l'enflammer davantage ; si vous formez un mauvais désir, ils peuvent l'irriter jusqu'à la frénésie. A vos moindres émotions, ils devinent vos pensées secrètes ; ils sont infinis dans l'art d'exploiter les sympathies de votre chair pour les œuvres qu'ils persuadent ; ils se glissent comme des serpents, ils s'élancent comme des lions ; ils peuvent s'attacher à vous comme votre ombre, ils vous entourent, ils vous assiègent. L'air en est plein, comme dit saint Jean Chrysostome, et ce n'est pas de loin qu'ils décochent leurs traits. Ils sont là où vous êtes, et si vous prétendez vous rendre ailleurs, ils y sont avant vous. Ils peuvent influer sur votre santé, et vous causer, les deux Testaments en font foi, des maladies réelles, cruelles, mortelles. Ils peuvent vous tourmenter en mille manières, vous obséder (Mgr Gay, Sermons, II, p.22, 23, Paris, Oudin). "

Et la haine des démons, pas plus que l'amour des saints Anges, ne va à l'aventure. Elle est habilement dirigée par Lucifer, qui députe des démons vers les peuples, vers chaque Église, et sans doute aussi vers chaque âme ; et souvent vers chaque intérêt spécial de l'enfer.

" Le démon a partout des intérêts dans le monde. Il lui a été donné d'établir son royaume en opposition avec celui de Dieu, et, comme tous les souverains, il a une multitude d'affaires. Aussi a-t-il partout des agents actifs et diligents, esprits invisibles qui se glissent par milliers dans les rues des villes pour presser les intérêts de leur maître. Ils tendent des embûches au laboureur dans son champ ; ils cherchent à circonvenir le moine dans son cloître et l'ermite dans sa cellule ; même dans les églises, durant la sainte messe et le salut, ils sont à l'œuvre, poursuivant leur tâche infernale... Qui pourrait énumérer tous les intérêts que poursuit l'ennemi du genre humain ? Faire commettre le péché mortel, inviter aux fautes vénielles, anéantir les fruits de la grâce, empêcher la contrition, éloigner des sacrements, disposer à la tiédeur, jeter la calomnie sur les personnes qui servent Dieu et sur les évêques et les ordres religieux, étouffer les vocations, semer la médisance, troubler la prière des fidèles, inspirer aux hommes l'amour des frivolités du monde, leur persuader de dissiper leur fortune en jouissances, en meubles de luxe, en vaines parures, en bijoux, en mille bagatelles, au lieu de faire l'aumône aux pauvres de Jésus-Christ ; les pousser à mettre leur confiance dans les princes et à capter la faveur des partisans du pouvoir, les remplir d'un amer esprit de critique les uns envers les autres, et les rendre aussi susceptibles de se scandaliser que des enfants, diminuer la dévotion à la Très Sainte Vierge, faire croire au peuple que l'amour divin n'est que de l'enthousiasme et du fanatisme : tels sont les principaux intérêts du démon. Il y travaille avec une étonnante énergie, et rien n'égale la profonde scélératesse et l'horrible habileté avec laquelle il les fait triompher dans le monde (P. Faber, Tout pour Jésus, p.6). "

" Car, même après leur chute, dit Bossuet, ils n'ont pas été blessés dans leurs dispositions (ou facultés naturelles). Tout est entier en eux excepté leur justice et leur sainteté, et conséquemment leur béatitude. Du reste, cette action vive et vigoureuse, cette ferme constitution, cet esprit délicat et puissant et ces vastes connaissances leur sont demeurées. "

" Tout en eux est actif, tout y est nerveux ; et si Dieu ne retenait leur fureur, nous les verrions agiter ce monde avec la même facilité que nous tournons une petite boule (Bossuet, 1° serm. p. le 1° dim. de Carême, 1° point, Vivès, t.IX, p.9) "

Mais Dieu, en effet, retient leur fureur surtout quand nous le prions. Nous pouvons, par la prière, par un Ave Maria, par une goutte d'eau bénite, avec une médaille ou tout autre sacramental, tenir en échec, mettre en fuite ces puissances formidables ; nous pouvons même les raréfier sur la terre, les faire rentrer dans l'enfer. Et, de cette vérité si consolante, nous avons déjà signalé la preuve, aussi simple que péremptoire, des prières quotidiennes après la sainte Messe. Mais comment nous unissons-nous à ces prières ? Et comment prions-nous habituellement pour obtenir la victoire sur les démons ? Nous sommes peut-être bien tranquilles à leur endroit ; mais notre tranquillité est-elle celle de la foi et de la confiance en Dieu ? Ce n'est que dans la foi qu'il faut leur résister : Cui resistite, fortes in fide, nous dit saint Pierre (1 Ep., V, 8, 9). Tremblons, car c'est un dogme révélé, - et saint Pierre nous le dit au même endroit, - que le démon rôde sans cesse autour de nous, comme un lion, pour nous dévorer. Et, chaque jour, nous répétons cette vérité de foi à l'heure de Complies. L'air est investi de ces puissances ténébreuses (Eph., II, 2). Oui, je crois que les démons rôdent sur terre, planent dans l'air, mais je crois en même temps que nous pouvons, de concert avec les bons Anges, triompher de ces légions infernales.



IV. - RÔLE DES ANGES A L'ÉGARD DU MONDE MATERIEL


Les Anges répandus dans la Nature.

I° - D'abord, les saints Anges, bien qu'ils ne perdent jamais de vue la face de Dieu, remplissent la Nature matérielle.

" Oh ! qu'il est charmant de penser que les Anges sont mêlés à la vie du monde, qu'ils la dirigent, l'accompagnent, qu'ils sont agissants dans tous les événements de notre vie ! Les Anges président donc à la vie de la Nature ! Ils y répandent le charme, la grâce, la beauté que nous y sentons vivre. Même dans la plus profonde solitude, nous sommes environnés de ces êtres invisibles, saints et charmants. L'âme religieuse à qui il a été donné de monter dans la solitude des grandes montagnes et de s'y reposer loin de tout ce qui est humain, dans cette paix splendide où " l'on entend le silence ", cette âme a goûté là une des jouissances les plus profondes et les plus délicieuses que l'on puisse éprouver par les sens. C'est une béatitude qui ressemble à l'extase, bien qu'elle soit à la fois naturelle et surnaturelle ; et l'être tout entier se sent plongé dans une vie pure, dans une joie qui le pénètrent. Dans ce grand silence qui est " une louange ", on se sent en contact avec le monde invisible, en la présence vivante de Dieu et des Anges. Ces déserts charmants, gazons solitaires et fleuris au pied des grandes roches d'où descend l'allègre vie d'un limpide filet d'eau, sont vibrants d'une présence invisible, et le regard, qui ne peut se détacher de la contemplation de cette beauté sauvage et douce, en attend presque la manifestation : il semble que " Dieu se promène dans le Paradis " ; et du cœur plein d'amour, et de l'âme qui adore, monte le cantique de gloire et d'allégresse : Pleni sunt coeli et terra gloria tua ! (Anonyme cit., cf. Boudon, t.II, p.951) " Ici la poésie n'est-elle pas rigoureuse réalité ?


Ils interprètent la Nature.

Et cette Nature, à laquelle ils sont mêlés, les Anges l'interprètent. Ils se font l'hymne vivant des sphères célestes, des montagnes inconscientes, des océans aveugles, des animaux, des fleurs, des plantes... de toutes choses qui ne sauraient dire, ni bénir toutes seules le nom de Dieu. Ainsi la Nature est vivante. Ainsi David, dans ses psaumes, et les trois jeunes hommes dans leur cantique peuvent-ils inviter le ciel, la terre, les nuages, les fleuves, les mers, les montagnes, les arbres et les plantes à louer Dieu leur Créateur. Ainsi saint François d'Assise peut-il provoquer, dans son ravissant cantique des créatures, son frère le soleil, sa sœur l'eau ; ainsi la louange qui monte de l'âme de l'homme va-t-elle s'unir à celle que les Anges offrent sans cesse à Dieu dans ses œuvres, et la grande hymne ne cesse jamais.


Ils la gouvernent.

Les Anges, de plus, gouvernent le monde matériel. Fidèles dépositaires de l'antique tradition confirmée par l'enseignement de Jésus-Christ, les Pères de l'Église, d'une voix unanime, nous disent que la Providence du Très-Haut s'étend à tout ce qui existe et qu'elle se sert du ministère des Anges pour exécuter ses desseins. Ils gouvernent l'univers et le conservent. Ils président sur tous les éléments, sur les étoiles du ciel, les productions de la terre, le feu, les vents, les mers, les lacs, aussi bien que sur les êtres vivants. Ainsi parlent saint Justin, Athénagore, Théodoret, Clément d'Alexandrie, saint Grégoire de Nazianze, Origène, Eusèbe de Césarée, saint Jérôme, saint Augustin, saint Ambroise, saint Hilaire, saint Chrysostome, saint Cyrille, et le Docteur Angélique.

" Tous les docteurs enseignent que les Anges exercent une action et ont une sorte d'intendance sur le monde extérieur et sensible. Il est probable qu'ils président au mouvement des sphères célestes dont ils sont peut-être les lois vivantes. Ils concourent également à toutes ces vivifiantes et secrètes opérations qui aboutissent chez nous à la germination, à la floraison et à la fructification des êtres qui ont la vie en partage (Mgr Gay, Confér. aux Mères chrétiennes, t.II, p.393). " Ainsi entre Dieu et le monde matériel, il y aurait des régulateurs spirituels et vivants ; veut-on, peut-être, par là nous dire, conformément aux principes du Docteur Angélique, que la Providence et l'influence divines passent aux créatures inférieures par l'intermédiaire des Anges (Cf. Summ. contr. Gent., t.III, c.77 et 78) ?

Ce que l'on peut croire encore, c'est que les différents départements du monde matériel, de la terre et du ciel sont confiés aux Anges. De même que, sans doute, les Anges, pendant les périodes incalculables de temps qu'ont duré les révolutions géologiques, avant l'apparition de l'homme, veillaient sur le berceau de l'humanité, ainsi seraient-ils chargés des astres dont l'espace immense est peuplé, en vue des créatures raisonnables qui doivent, peut-être, aller animant peu à peu les mondes pendant des millions ou des milliards d'années, jusqu'à ce que la Création ait enfin fourni à Dieu et à son Fils adorable la moisson d'âmes saintes que leur amour désire et la moisson de gloire qui leur est due.


Ils y opèrent, à notre prière, une multitude de petits miracles.

Au sein du monde matériel, les saints Anges, bien souvent, interviennent à notre prière. " Je crois fermement que, dans 1a Nature, Dieu accorde constamment de petits miracles (*) par l'intervention de ses saints et de ses Anges ; et qu'il suffit, pour les obtenir, de demander avec une grande simplicité et une grande confiance ces choses dont nous avons besoin et dont la privation nous rend misérables. Lorsqu'un de ces petits miracles nous a été accordé, et que la puissance invisible nous a tirés de notre misère et secourus dans notre infirmité, il serait à la fois absurde et coupable de nous enorgueillir comme si ce fût une chose merveilleuse ou obtenue par nos mérites. Il est, au contraire, tout simple que nous soyons aidés par les saints et les Anges, puisqu'ils sont heureux et puissants et que nous sommes des frères impuissants et malheureux qu'ils aiment. Tout imparfaitement bons que nous sommes, nous faisons volontiers du bien à ceux qui recourent à nous, et nous le ferions plus facilement encore s'il ne nous en coûtait aucune peine. Ce qui est surprenant, c'est que ces petits miracles obscurs ne soient pas continuels et que nous tous, chrétiens, nous manquions de la simplicité et de l'affectueuse confiance qui les obtiennent. L'ange Raphaël, entre tous les autres Anges, ce céleste médecin, si compatissant et si doux, qui, se présentant à Tobie, le salue tout d'abord par ces mots : " Que la joie soit toujours avec toi " , quelle douce puissance n'a-t-il pas reçue pour soigner, pour guérir nos maux ? Lorsque nous devrons consulter les médecins humains, invoquons d'abord le médecin angélique, afin qu'il éclaire l'intelligence de celui dont nous recevrons des soins matériels, afin que la Médecine de Dieu nous soigne et nous guérisse elle-même par ses Mains (Anonyme cit.). "

(*) Ce ne sont pas des miracles à proprement parler. D'une manière régulière, j'allais dire légale, et sans miracle, Dieu s'est réservé d'intervenir personnellement ou par les Anges et les saints dans la Nature, même dans la Nature matérielle. Cette intervention normale, précisément parce qu'elle est provoquée par les demandes de l'homme, s'appelle la loi de la prière. Les théologiens prouvent qu'une loi de la prière, même dans l'ordre naturel, couronne et domine, en effet, toutes les autres lois. Quand donc les autres lois cèdent à cette loi supérieure, ce n'est pas un miracle, mais seulement l'ordre de la nature qui suit son cours. Si vous soulevez et lancez une pierre, si vous prenez et vous vous assimilez un aliment, si vous domptez et dirigez un cheval, les lois inférieures des corps pesants, de la vie végétative ou animale, obéissent à la loi supérieure de la force ou de la volonté humaines ; il n'y a pas là de miracle. De même, lorsque Dieu, par lui-même ou par ses Anges, fait fléchir insensiblement le cours qu'allaient suivre vos pensées et votre volonté, - une distraction, par exemple, vous empêche de suivre une route ou de prendre un train qui vous eût conduit à un accident mortel, ou bien vous fait éviter une tentation à laquelle vous auriez succombé, - quand Dieu, dis-je, détourne ainsi le cours de vos pensées ou de votre volonté, ou même, en votre faveur, le cours des lois matérielles, ce n'est pas un miracle : des lois inférieures tout simplement cèdent à la loi supérieure de la prière. Le miracle proprement dit, au contraire, est une dérogation sensible et constatable faite par Dieu à toutes les lois, même à la loi ordinaire de la prière. Nos demandes, sans doute, peuvent, par extraordinaire, obtenir des miracles, mais il ne rentre pas dans la loi de la prière qu'elles soient ainsi exaucées.


Les démons présents dans une multitude d'endroits de la Nature. Leur pouvoir sur elle et sur nos sens.

2° - " Tel est le caractère de Dieu ! nous l'avons déjà dit, il respecte ses dons même en ceux qui en abusent (Cf. Mgr Gay, Sermons, II, p.21). " Il les respecte dans les pécheurs ; il les respecte dans les démons, bien qu'ils en aient abusé et doivent en abuser jusqu'au dernier jour du monde d'une étrange manière à l'égard de la Nature et de l'homme.

" Le démon, dit Bossuet (2° Sermon pour le 1° Dim. de Carême, 1°p., Vivès, t.IX, p.28), fait le Dieu sur la terre, il affecte d'imiter le Tout-Puissant. " A l'égard de la Nature, comment peut-il l'imiter ? Lucifer imite l'immensité, divine en députant par tout l'univers les démons qu'il tient sous son empire. - Il imite l'activité divine en déployant par eux, à travers le monde entier, une activité pour nous inconcevable. - Il imite le pouvoir de Dieu en prenant possession des créatures même matérielles. Qui veut, de cette prise de possession du monde physique par les démons, une preuve aussi sûre que simple, n'a qu'à lire avec attention les admirables prières de l'Église dans l'administration des sacrements, dans la bénédiction de l'eau ou du sel, dans la consécration des saintes Huiles et du saint Chrême, dans la consécration des autels, des églises... Nous ne croyons pas qu'il y ait de lecture plus édifiante et plus saisissante que celle-là sur l'invasion du monde matériel par les démons à la suite du péché, sur leur pouvoir formidable et sur leurs redoutables influences dans la Nature, sur les accidents qu'ils peuvent faire surgir devant nous, et sur la nécessité de recourir à Dieu, à ses saints et aux bons Anges.


Combien les démons sont redoutables.

Dans le monde matériel, ce qu'ils voudraient asservir surtout ce sont nos sens afin d'asservir par eux nos âmes. Ils peuvent non seulement se concentrer nombreux sur un point de la Nature, mais dans nos corps eux-mêmes. J'en appelle de nouveau à l'Évangile, à Notre-Seigneur chassant du corps d'un possédé, non pas un démon, mais une légion de démons. Nous ne songeons point assez que souvent nous pouvons avoir plusieurs démons en activité tout près de nous, ou même travaillant, dans nos sens extérieurs ou intérieurs, pour préparer quelque accident, quelque tentation, la perte de notre âme. Qu'on songe à cette vérité, et l'on aura tout autrement recours aux sacramentaux et à la prière ; l'on suppliera les saints Anges de chasser les démons et de les remplacer.

Aussi bien, voyons-nous des hommes d'une vertu extraordinaire comme le P. Surin implorer la venue des saints Anges près d'eux, en eux. " Ils viennent, disait cet éminent religieux, comme des éclairs qui pénètrent vivement nos sens intérieurs et extérieurs, notre esprit et notre cœur. " C'était la pratique aussi du P. Lefèvre, premier compagnon de saint Ignace, ce grand ami des Anges, qui les priait d'être en lui pour y servir aux opérations de la grâce.


Exagération à éviter.

Gardons-nous d'être minimistes pour la doctrine des démons et des bons Anges, il pourrait nous en coûter cher. Mais il ne faut pas non plus l'exagérer. Les démons ne sont pas partout : ils peuvent être éloignés par la prière. L'Évangile et la Tradition supposent, par exemple, qu'ils n'étaient pas toujours présents à Notre-Seigneur ni à la Très Sainte Vierge, écartés qu'ils étaient sans doute par les saints Anges. C'est ainsi que saint Épiphane explique comment Satan ignorait la conception virginale de la Très Sainte Vierge, et par là même l'Incarnation.


Combien, malgré tout, les démons sont méprisables pour une âme qui a recours au nom de Dieu.

D'ailleurs, si les démons ont une puissance formidable, leur faiblesse est extrême à l'égard d'une âme qui a recours à Dieu contre eux. " Qui est comme Dieu ? " s'écria saint Michel. " Mais ces courtes paroles, si simples en apparence, furent, en sortant de sa bouche, comme un torrent qui fondit rapidement sur Lucifer, grossi par les attributs les plus redoutables de ce Dieu, aux desseins duquel il avait eu la témérité de s'opposer ; ou comme une nuée, chargée d'éclairs et de foudres, qui éclata tout à coup sur sa tête coupable. Et dans le dernier combat, saint Michel choisira de préférence les armes dont on menace un ennemi méprisable et sa haine impuissante. Le seul souffle de sa bouche lui suffira pour renverser, dans la personne de l'Antéchrist, son superbe ennemi et pour détruire à jamais son empire sans nulle espérance de jamais le rétablir (Jeanne de Matel, Œuvres, t.II, p.153, Paris). "

Cette scène si tragique, un enfant peut, en de moindres proportions, l'accomplir. Si nos yeux s'ouvraient sur le monde invisible, nous verrions souvent les démons chassés au loin comme l'éclair, ou précipités comme la foudre dans l'enfer. Un enfant avec un signe de croix, un rameau bénit, un peu de pain bénit, une goutte d'eau bénite, opère ce prodige. Ah ! avec de la foi et de la confiance gros comme un grain de sénevé, que nous serions puissants contre les démons et que nous les mépriserions au nom de Dieu !


Conclusions pratiques.

Je veux beaucoup penser aux Anges. On souffre souvent d'être seul ou presque seul dans la vie ; il semble parfois à certaines âmes que la terre soit un désert d'hommes, un désert d'amis. Mais, grand Dieu ! ne sommes-nous pas toujours dans la meilleure et la plus sainte compagnie ? " Tout dans le monde surnaturel est aimable et beau, et le monde surnaturel nous environne et nous pénètre ; nous n'avons qu'à nous abandonner à sa sanctifiante influence, à vivre en union avec lui. Dieu a dit dès le principe : Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Il l'a créé pour la société, il a voulu que sa solitude même fût animée par les esprits célestes, frères de son âme. O quam bonum, et quam jucundum, habitare fratres in unum ! Car ces Anges si nobles et si beaux sont nos frères, et Notre-Seigneur a dit expressément dans son Évangile que nous leur serions égaux après la Résurrection. Quel bonheur de penser que nous sommes frères et sœurs des Anges, et nous le sommes dès maintenant, étant les enfants du Père céleste qui veut que nous regardions le ciel comme la demeure paternelle où nous rentrerons bientôt pour y habiter toujours et où dès maintenant nous habitons sans y penser assez (Anonyme cit.). "

Et je veux chaque jour invoquer tous les saints Anges, et dire avec l'Église :
Omnes Angeli et Archangeli, intercedite pro nobis.

Je veux tout particulièrement invoquer aussi chaque jour, et plus qu'une fois chaque jour, mon Ange gardien et les Anges gardiens des âmes qui m'entourent ou de celles qui m'intéressent même au loin. Je veux lier avec mes bons Anges une intime amitié.

Je veux avoir pour saint Michel la plus spéciale dévotion : il est le chef de tous les Anges, et sa bonté est égale à sa grandeur. Peut-être ai-je souvent prononcé son nom sans songer à ce qu'il rappelle et signifie, ce nom doux comme le ciel, puissant comme la foudre. Je veux supplier souvent ce saint Archange de députer les esprits dont il a le gouvernement vers les nations infidèles ou hérétiques pour qu'ils préparent leur conversion, vers les nations catholiques et surtout vers la France, vers telle paroisse qui m'est chère ou bien qui m'est confiée, vers telles âmes auxquelles je dois m'intéresser davantage, vers mon âme, et en particulier dans la tentation et surtout à la mort. On n'a pas l'idée des grâces merveilleuses que nous obtiendrions si nous avions pour le chef des Anges une vraie dévotion, si nous l'invoquions souvent, si même seulement chaque matin, en récitant les prières de l'Église, nous l'invoquions du fond de notre cœur, au lieu de le prier du bout des lèvres (*).

(*) Sur la dévotion envers les Anges et surtout envers saint Michel, nous conseillons de lire les pages, très pieuses et souvent ardentes, de la V. Jeanne de Matel intitulées : Élévations et lumières sur les saints Anges et saint Michel. Œuvres…, R.P. Ambroise, C. t.II, 1-199 (Paris, Lecoffre). On ne les achèvera pas sans que le cœur se sente pénétré d'amour et de vénération envers les Anges et envers le Prince des Anges, patron de la France, et qui veut bien se faire le patron de la plus petite âme, quand elle se recommande à lui avec une entière confiance. Cf. aussi : La vénérable Mère Jeanne de Matel, par P.-G. Penaud, t.II, p.398 (Paris, Lecoffre, 1883).

Implorons beaucoup les Anges, pour nous, pour la France, pour le monde..., honorons-les profondément ; mais par-dessus tout imitons leur pureté, leur humilité, leur obéissance, leur piété, leur assiduité à suivre Jésus dans ses mystères et à l'assister dans le tabernacle, leur patience, leur prudence, leur activité, leur zèle... En même temps qu'elle nous aide et nous regarde, cette nuée de témoins qui est sur nos têtes nous invite à mépriser tout ce qui passe pour Dieu, les âmes, les biens éternels, à remplir d'actes de vertus le court intervalle qui nous sépare de l'heure où nous rejoindrons nos frères du ciel (Cf. le très pieux et beau livre de Mgr Chardon : Imitation des Anges, Paris, Vic et Amat, 1893).


La Nature est un Ange.

La Nature, çà et là, nous offre des spectacles saisissants qui nous pénètrent avec une vivacité et une profondeur extraordinaires. On se souvient à jamais de l'heure où l'on a, pour la première fois, contemplé l'océan. Peut-être avez-vous vu les grandes montagnes. Vous êtes tout près de cette montagne que sa blancheur immaculée a fait nommer la Vierge. A droite et à gauche, vos yeux se perdent dans d'immenses et profondes vallées. Au-dessus de vous se dressent des pics sublimes qui vous écrasent. Si vous passez là une heure dans la solitude, voyant dans ce splendide spectacle un signe de Dieu, vous aurez peine à ne pas tomber à genoux, dans l'adoration et la prière, devant Celui dont la grandeur et l'immensité vous ont saisi à travers ces magnifiques symboles.

Mais que serait-ce si Dieu vous mettait tout à coup en présence d'un Ange, si vous pouviez voir sa pureté éblouissante, sa puissance et ses dimensions plus gigantesques, bien qu'elles soient d'un autre ordre, que les puissances et les dimensions des montagnes, de l'océan, du ciel ? Vous seriez tellement frappé d'admiration que vous tomberiez épouvanté à ses pieds, comme saint Jean, et vous seriez, comme lui, tenté de l'adorer : tant il y a dans la seule nature de l'ange, et à plus forte raison dans sa gloire surnaturelle, un éblouissant symbole de la grandeur et de la gloire de Dieu.


Un Ange ou tout le monde naturel des Anges et un acte d'amour.

Mais, sachons-le bien, ces dimensions colossales, ces richesses merveilleuses d'un Ange et de tous les Anges ensemble, si la grâce ou la gloire surnaturelle n'était pas là, n'ont pas de valeur au prix d'un acte de vertu surnaturelle, d'un acte d'amour divin. Pascal avait raison, il pensait comme les saints quand il disait qu'il " aurait donné tous les corps et tous les esprits ensemble pour le moindre mouvement de charité ". Ce qui fait, aussi bien, la valeur principale des astres, du monde matériel, c'est qu'ils peuvent provoquer dans l'âme fidèle des actes de vertu divine, des actes d'amour, c'est qu'ils peuvent être le théâtre de l'amour. Ce qui fait surtout la valeur de la merveilleuse nature des Anges, c'est que Dieu y peut mettre sa grâce, sa gloire, son amour. Et il faudrait préférer un seul acte de cet amour à tous les Anges et tous les mondes matériels d'où l'amour divin serait absent.

Et cela est si vrai que toute la question de l'épreuve des Anges, comme de la nôtre, a été, en définitive, une question d'amour ; et Dieu ne compta pour rien la nature, pourtant si belle, de Lucifer et d'un bon nombre d'autres Anges tombés des chœurs les plus élevés, parce qu'ils refusèrent d'aimer.

Vive donc l'amour de Dieu ; et pour nous, si Dieu le veut, vive l'amour qui souffre ! Du moins avons-nous cette supériorité sur les Anges, de pouvoir pratiquer l'amour souffrant ; la beauté et la fécondité en sont particulièrement admirables. Une âme d'élite sur le point de paraître devant Notre-Seigneur après de longues et très douloureuses souffrances l'entendit lui dire : Veux-tu souffrir pour moi encore un jour ? Je n'en puis plus, mon Dieu, répondit-elle. Ta gloire sera grande, reprit Notre-Seigneur, mais si tu avais voulu souffrir encore un jour pour moi, je t'aurais placée dans le chœur des Séraphins, tant est grande la fécondité de l'amour souffrant.


Bibliographie :

Denys l'Aréopagite : Les Hiérarchies célestes (Edit. Augustinienne)
J.-B. Bossuet : Œuvres
M. Olier : L'Esprit de M. Olier
Boudon : Œuvres
Mgr Chardon : Mémoires d'un Ange gardien (Paris, Vic., 1886) - Mémoires d'un Séraphin (2 vol., Paris, Vic., 1886) - Imitation des Anges (Paris, Vic et Amat, 1893)
G. Renaudet S.S. : La Dévotion aux saints Anges (Tours, Cattier)
R.P. Lavy O.P. : Les Anges (Paris, Lethielleux)
R.P. Saintrain R. : Les saints Anges, d'après l'Ecriture et la Tradition (Paris, Casterman)
Un Religieux Trappiste de l'Abbaye de Sept-Fonds : Les Merveilles divines dans les âmes, par le ministère des saints Anges (Paris, Casterman)

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