P. Enfantin

Extrait de "Le Mois des Saints Anges" du P. Enfantin, Lyon - Paris, Librairie catholique Emmanuel Vitte, 1905 : Notices sur les Saints Anges, extraites du Mois angélique du P. de Brosse (1768-1848), Notices III à V.

 

NOTICE III

Ayant pour objet de nous apprendre, comment c'est par le ministère des Anges que Dieu gouverne l'univers.


Dieu, qui a créé le monde par sa toute puissance et par un seul acte de sa volonté, pourrait aussi sans doute le gouverner lui-même, sans le secours de ses créatures ; cependant il a jugé convenable de s'en servir, et en cela il n'en est pas moins digne de notre admiration. Aussi quoiqu'il se suffise à lui-même pour l'exécution des desseins de sa providence, voyons-nous qu'il a souvent employé pour cet effet le ministère de ses Anges. De là ces apparitions et ces visions des esprits célestes dont furent souvent favorisés, Abraham, Isaac, Jacob, Moïse et les autres, soit patriarches, soit prophètes ou apôtres, etc. Et, dans ces fréquentes apparitions, combien de mystères et d'événements futurs ne leur révélèrent-ils pas ! D'un autre côté, que de grâces obtenues par le ministère de ces esprits bienheureux, soit au peuple de Dieu en général, soit en particulier aux fidèles serviteurs du Très-Haut ! et que de fléaux, prêts à fondre sur eux, détournés !

Pour s'en convaincre, il suffit d'ouvrir les livres saints. Ce fut par le ministère des Anges que Dieu consola Agar chassée de la maison d'Abraham, et réduite au désespoir dans le désert, lorsqu'elle se vit sur le point de voir périr son enfant. Ce fut un Ange qui, sous la forme d'une nuée, conduisit les Israélites pendant quarante ans dans le désert et les introduisit dans la Terre promise. Ce fut un ange qui leur donna la loi de Dieu sur le mont Sinaï. Ce fut par le ministère des Anges que Dieu préserva Loth et sa famille d'être victimes de l'embrasement de Sodome ; qu'il conserva sains et saufs les trois enfants de la fournaise, et qu'il sauva Daniel de la gueule des lions. Ce fut par le ministère des Anges qu'il envoya aux prophètes toutes ces visions mystérieuses qui révélaient d'avance la grandeur future du Messie et la durée de son Eglise. Ce fut par le ministère des Anges qu'il rendit tant de fois triomphantes les armées de son peuple, et qu'il tira de ses ennemis une vengeance éclatante. En un mot, les anciens patriarches et autres serviteurs de Dieu étaient si persuadés que tous les secours qu'ils recevaient du ciel leur parvenaient par le ministère des Anges, que lors même que ces esprits célestes n'avaient donné aucun signe de leur présence, ils ne laissaient pas de leur en attribuer le mérite ; ce dont l'on peut se convaincre par le témoignage de Judith, qui attribua à l'Ange du Seigneur la victoire qu'elle remporta sur Holopherne, en disant : Vivit Dominos, quoniam custodivit me Angelus ejus.

Cette vérité, déjà si clairement prouvée par les livres de l'ancien Testament, se confirme encore par l'histoire du nouveau, et surtout par la vie et la mort de Jésus-Christ. En effet, c'est un Ange qui est chargé d'annoncer à Marie qu'elle va concevoir dans son chaste sein le Rédempteur des hommes promis dès le commencement du monde. Ce sont les Anges qui publient l'heureuse nouvelle de sa naissance. S'agit-il de le soustraire à la fureur d'Hérode, qui a formé le détestable projet de le faire mourir ? c'est un Ange qui apparaît la nuit à saint Joseph, et lui ordonne de l'emmener en Egypte. C'est encore un Ange qui le rappelle d'Égypte aussitôt que ses persécuteurs sont morts. Après un jeûne de quarante jours, le Fils de Dieu veut être servi par ses Anges dans le désert. Lorsque la crainte et la tristesse le jettent dans un état d'agonie au jardin des oliviers la veille de sa mort, il y est visité et fortifié par un Ange, pour nous apprendre, par son exemple, que ces esprits célestes sont nos consolateurs dans l'affliction pendant la vie, et surtout aux approches de la mort. Enfin ce sont les Anges, qui annoncent et publient sa résurrection glorieuse, et qui sont les témoins de son admirable ascension : ils seront encore vus accompagnant le Seigneur, lorsqu'à la fin du monde, il viendra dans tout l'éclat de sa gloire et de sa majesté pour juger les hommes. Depuis l'ascension de notre Seigneur, les Anges n'ont pas cessé de remplir ces mêmes fonctions de charité à l'égard des hommes et d'être les dispensateurs de ses grâces. L'apôtre saint Pierre ayant été chargé de chaînes et jeté dans une étroite prison, un Ange lui apparaît la nuit, le délivre de ses chaînes, ouvre les portes de la prison et le rend aux vœux des fidèles, qui demandaient avec une grande faveur sa délivrance au Seigneur. Quelque temps après, plusieurs Apôtres, ayant été aussi emprisonnés, ils furent de même délivrés et mis en liberté par un Ange. Enfin on peut assurer que les Anges n'ont pas cessé, jusqu'à présent, de secourir les serviteurs de Dieu, comme il est aisé de s'en convaincre par la lecture de la vie des saints. D'après ces exemples et une infinité d'autres que l'on pourrait citer, ne peut-on donc pas conclure, sans crainte de se tromper, que lorsque le Seigneur vient au secours des hommes dans leurs nécessités, ou qu'il leur accorde quelque faveur, c'est toujours ou presque toujours par le ministère des Anges ; et très souvent par un effet des prières qui lui sont faites, en notre faveur, par ces esprits charitables ? Il est bon encore d'observer ici, que les Anges sont, non seulement les dispensateurs des grâces de Dieu, mais qu'ils sont aussi les ministres de sa colère et de sa justice. Nous avons déjà dit que c'était par leur ministère qu'il avait fait tomber le feu du ciel sur les villes de Sodome et de Gomorrhe ; qu'il avait fait mourir de la peste soixante et dix mille hommes sous le règne de David, et fait périr, sous celui d'Ezéchias, cent quatre-vingt-cinq mille hommes de l'armée de Sennachérib. A ces exemples, on pourrait encore en ajouter beaucoup d'autres ; nous nous contenterons d'en rapporter quelques-uns. C'est un Ange qui, pour punir l'endurcissement de Pharaon, fait mourir en une seule nuit tous les premiers nés des Égyptiens. Ce sont des Anges qui frappent Héliodore dans le temple de Jérusalem au moment où il veut en enlever les trésors. C'est un Ange qui frappe de mort le roi Hérode, lorsque étant assis sur son trône, il souffre qu'on lui rende les honneurs divins. Saint Grégoire le Grand rapporte que la peste causant de grands ravages dans la ville de Rome et dans toute l'Italie, on fit, pour apaiser la colère de Dieu, des prières publiques, des processions, et qu'alors on vit sur la tour d'Adrien un ange qui parut remettre une épée dans le fourreau, pour annoncer la fin de ce fléau, qui en effet cessa aussitôt : ce qui a fait donner à cette tour le nom de château Saint-Ange.

D'après tout ce qui a été dit dans ce chapitre, ne serions-nous pas en quelque sorte autorisés à prendre à la lettre ce passage du livre de la Genèse, où il est dit que Dieu, après avoir créé le monde en six jours, se reposa le septième, ce qui semblerait vouloir dire que depuis ce moment, il serait resté dans un repos mystérieux, et qu'il aurait en conséquence confié aux Anges le gouvernement du monde (1) ? Toutefois nous ne voulons pas dire qu'ils le gouvernent arbitrairement, mais toujours conformément aux adorables volontés du Créateur de toutes choses, dont, en effet, ils ne sont que les exécuteurs en qualité de ses ministres.

(1) Il va sans dire que ce ministère des Anges, si universel et si complet qu'il soit, ne diminue en rien l'action propre et incommunicable de Dieu, qui est de conserver et de gouverner supérieurement toute créature, de prêter à chacune un concours incessant. Dans ce rôle essentiellement divin, Dieu ne peut être suppléé par personne, et ainsi il agit toujours selon ce mot de Jésus-Christ : Pater meus usque modo operatur, et ego operor (Jean, V, 17). (Note de l'édition de 1905.)



NOTICE IV

Dont le but est de nous apprendre comment nous avons un grand besoin du secours des saints Anges pour nous défendre de la fureur du démon.


Depuis que Lucifer, le prince des ténèbres, a entraîné dans sa révolte et dans son malheur une grande partie des Anges, il s'efforce par leur moyen de perdre tous les hommes et de les entraîner avec lui dans les abîmes de l'enfer. Les livres saints, pour nous donner une idée de leur ruse, de leur malice, de leur force et de leur haine implacable, les désignent tantôt sous le nom d'ennemis ou d'adversaires, tantôt sous celui de serpents ou de dragons, tantôt enfin sous celui de lions rugissants. " Soyez sobres et vigilants, dit le prince des apôtres, parce que le démon, votre ennemi, semblable à un lion rugissant, rôde continuellement autour de vous, cherchant à vous dévorer comme sa proie : Circuit quoerens quem devoret. " (I Pet., I, 8). Il paraît certain, d'après ce passage, que le prince des ténèbres députe vers chacun de nous un démon pour nous tenter et nous tendre continuellement des pièges, et que ce démon ne nous perd pas de vue un seul instant. D'un autre côté, saint Paul nous le donne assez à entendre lorsqu'il avoue qu'un ange de Satan lui a été donné pour le tourmenter : Datus est mihi angelus Satanae qui me colaphyzet. (II ad Cor., XII, 7).

L'autorité des livres saints ne nous permet pas de douter que les démons n'aient pouvoir et sur nos corps et sur nos âmes toutes les fois que Dieu n'enchaîne pas ce pouvoir. I° On ne doutera pas de la puissance du démon sur les corps si l'on se rappelle tous les maux qu'il fit souffrir au saint homme Job. On sait que le démon suscita un vent furieux qui renversa la maison où étaient rassemblés tous ses enfants, qui furent écrasés sous ses ruines ; qu'il le frappa lui-même d'une maladie qui le couvrit de plaies depuis la tête jusqu'aux pieds. Ce fut un démon qui tua les sept premiers maris de Sara. Nous voyons dans l'histoire de l'Evangile qu'ils précipitèrent dans la mer un troupeau de pourceaux. Le Sauveur lui-même, pour nous donner une idée de la puissance du démon, en offre un exemple dans sa personne adorable, souffrant qu'il le transporte sur le pinacle du temple et ensuite sur une haute montagne. Tant d'histoires de possessions du démon si bien constatées, et les exorcismes de l'Église employés avec succès pour les chasser du corps des possédés, en sont une nouvelle preuve. Des auteurs dignes de foi assurent avoir découvert que grand nombre de maladies ou d'infirmités survenues subitement et contre l'ordre ordinaire de la nature, n'avaient pas d'autre cause que l'opération et la malice du démon, et que Dieu leur accordait ce pouvoir en punition des péchés de ceux qui étaient atteints de ces maladies.

2° Le pouvoir des démons s'étend aussi sur nos âmes ; ils troublent l'esprit par de mauvaises pensées, et l'imagination par les fantômes dont ils la remplissent. Cet ennemi, que chacun de nous a à combattre et qui nous suit partout, est d'autant plus redoutable qu'il est invisible, et qu'il est par conséquent plus difficile de nous mettre à l'abri de ses coups. Il est si puissant, d'ailleurs, que si Dieu lui permettait d'user de toutes ses forces (ce qui arrive quelquefois en punition des péchés), il n'y aurait pas un homme qui put lui résister. Ses artifices et ses ruses sont incroyables ; car il est tout esprit, et son esprit n'est que malice ! Il a pour lui l'expérience de six mille ans qu'il a employés à faire la guerre aux hommes sans aucune trêve, et malheureusement avec beaucoup trop de succès. Il est infatigable ; il ne repose ni jour ni nuit, et lorsqu'il n'a pu vaincre au premier assaut qu'il nous a livré, il a recours à de nouvelles attaques, et nous lasse enfin ou nous abat par un combat opiniâtre ; il est cruel et impitoyable, et l'éternité des supplices auxquels il est condamné ne fait qu'accroître sa rage ; enfin c'est un ennemi irréconciliable ; s'il paraît quelquefois cesser de nous tenter, c'est un artifice dont souvent il use pour mieux nous surprendre lorsque nous serons moins vigilants sur nous-mêmes. C'est à cette ruse et à cet acharnement à poursuivre les hommes qu'il faut sans doute principalement attribuer la chute inopinée et déplorable de plusieurs saints personnages, dont le texte sacré et la vie des saints nous donnent tant d'exemples, telles que celles de David, Salomon, saint Pierre, etc.

Mais ce qu'il y a de plus. terrible encore, c'est que souvent nous avons à combattre non seulement contre un seul de ces redoutables ennemis, déjà trop fort vu notre faiblesse, mais contre plusieurs à la fois. L'Evangile nous apprend qu'il y avait une légion entière de démons dans le corps du possédé qui fut délivré par Notre-Seigneur. (Marc, V, 9). Il y avait sept démons dans le corps de Marie-Madeleine ; et saint Paul nous apprend que les airs en sont remplis. Leur nombre est si grand qu'un Père assure que, s'ils avaient des corps, l'air en serait tellement obscurci qu'ils nous déroberaient la lumière du soleil.

D'un autre côté, loin d'avoir à opposer à des ennemis aussi puissants des forces suffisantes pour les combattre et les vaincre, nous ne sommes, au contraire, que faiblesse, soit du côté de l'âme, soit du côté du corps : 1° faiblesse du côté de l'âme, qui, depuis la chute d'Adam, sent un si grand penchant à satisfaire ses passions, qui sont autant d'ennemis domestiques qui se joignent aux démons et secondent leurs efforts ; 2° faiblesse du côté du corps, dont le poids nous entraîne sans cesse vers la corruption, et dont les sens sont sujets à tant d'illusions dangereuses ; en un mot, faiblesse si grande et si absolue sous tous les rapports, que l'apôtre va jusqu'à dire que nous ne sommes pas capables d'avoir de nous-mêmes une seule bonne pensée. Nous sommes donc bien éloignés de pouvoir repousser des ennemis aussi forts et aussi acharnés à notre perte.

De là, il est de toute évidence que nous avons besoin d'un secours puissant pour résister au démon, et pour éviter le malheur de tomber sous sa cruelle tyrannie ; or ce secours puissant et si nécessaire, c'est dans la protection des saints Anges que nous le trouverons. Il est vrai que Dieu, s'il le voulait, pourrait nous donner directement lui seul les forces nécessaires pour résister au démon, mais sa sagesse en a disposé autrement. II semble, en effet, qu'il était dans l'ordre de sa Providence, qu'aux Anges des ténèbres, qui sont les démons, fussent opposés des Anges de lumière ; qu'à des Anges prévaricateurs fussent opposés des Anges fidèles, pour les combattre et les humilier davantage. Ainsi, lorsque les esprits rebelles levèrent contre lui l'étendard de la révolte, il aurait pu, par un seul acte de sa volonté, réprimer leur insolence et les réduire à l'impuissance même de combattre ; mais il a voulu que saint Michel et les bons Anges les combattissent eux-mêmes et remportassent sur eux une victoire éclatante, pour nous apprendre ainsi que dans l'ordre de sa Providence, il les destinait à nous procurer, contre ces ennemis de notre bonheur, tous les secours nécessaires pour les vaincre.

D'après tout cela, il est aisé de conclure que quiconque n'a pas recours aux saints Anges, s'expose par là même à succomber dans le combat que lui livrent continuellement ces cruels ennemis, et à partager leur malheureux sort pendant toute l'éternité.

L'on objectera peut-être que les saints Anges, ayant reçu de Dieu l'ordre de nous protéger et de nous défendre contre les attaques du démon, ils ne manqueront pas d'obéir à l'ordre qu'ils ont reçu de nous secourir ; que d'ailleurs ces esprits célestes étant animés du zèle le plus ardent pour notre salut, on peut compter qu'ils s'empresseront de suivre à notre égard le mouvement de leur tendre charité. On répond à cette objection ce que saint Augustin enseigne du secours de la grâce. Il est, dit ce saint Docteur, des grâces que Dieu nous accorde par son propre mouvement et sans y être excité par aucune disposition préalable de notre part ; mais aussi il en est d'autres, telle que celle de la persévérance, qu'il n'accorde ordinairement qu'aux efforts qu'on fait pour les obtenir, et surtout à la prière humble, fervente et persévérante. De même aussi ceux qui négligeraient d'avoir recours à la protection des saints Anges pourraient bien, à la vérité, ne pas en être entièrement abandonnés, et même en recevoir quelques secours ; mais n'est-il pas à craindre que les secours ordinaires ne leur suffisent pas toujours pour se soutenir dans un combat si opiniâtre et pour remporter la victoire ? N'est-il pas évident, au contraire, que ceux qui auront invoqué les saints Anges avec confiance, ne manqueront pas d'en recevoir des secours puissants et abondants, des faveurs particulières plus ou moins grandes, mais toujours proportionnées à la ferveur de leur dévotion, et qu'avec ces secours ils pourront sortir toujours victorieux des combats ? Il est donc certain et incontestable, qu'autant la dévotion aux saints Anges nous est utile et avantageuse, autant aussi la négligence à employer un moyen si puissant peut nous être funeste et exposer notre salut éternel.



NOTICE V

Sur les secours que perpétuellement nous recevons par le ministère des Anges.


On doit compter parmi les plus précieux bienfaits de la charité de Dieu envers les hommes, la communion ou le commerce spirituel qu'il a établi entre nous et les saints Anges, dont nous espérons partager un jour le bonheur et la gloire. Les passages de l'Ecriture que nous avons rapportés plus haut, et un plus grand nombre que l'on pourrait citer encore, prouvent que Dieu s'en sert souvent pour nous apporter les secours et les grâces que nous obtenons de sa miséricorde ; mais sa bonté éclate surtout dans le choix qu'il en a fait pour être nos conducteurs et nos gardiens ; expliquons cette vérité consolante en deux paragraphes.



PARAGRAPHE PREMIER

Secours que nous recevons, en particulier, de nos Anges Gardiens.

La foi nous enseigne que Dieu nous a donné à chacun un Ange pour nous garder et plusieurs pensent que les hérétiques et même les infidèles reçoivent de Dieu la même faveur. Il a commandé à ses Anges, dit David, de vous garder dans toutes vos voies ; ils vous porteront dans leurs mains, de peur que vous ne heurtiez du pied contre la pierre. (Ps. XC). Et ailleurs : " L'Ange du Seigneur environne ceux qui le craignent, et les délivrera de leurs maux " (Ps XXXIII, 8) ; et Jésus-Christ, pour nous porter à craindre le châtiment subit du scandale donné à quelqu'un des petits enfants, nous avertit que leurs Anges voient continuellement la face de Dieu.

Ces Anges tutélaires sont pour nous des guides éclairés, des gardiens fidèles, des protecteurs puissants et généreux et des amis sincères. Ils nous consolent dans nos afflictions ; lorsque l'infortune ou nos péchés nous jettent dans le désespoir, ils nous excitent à la confiance en Dieu et font renaître l'espérance en nos cœurs ; ils nous éclairent de leurs conseils ; il nous inspirent du dégoût pour les plaisirs de la terre ; ils nous font sentir le néant des biens apparents de ce monde ; ils nous font courir, avec joie, dans le chemin de la justice, et même dans la perfection ; ils présentent nos vœux et nos prières au Seigneur, les portent jusqu'au pied de son trône et nous en rapportent l'abondance des bénédictions célestes. Quoiqu'ils soient spécialement députés pour avoir soin de nos âmes, ils étendent encore leur sollicitude jusqu'aux besoins de nos corps ; ils veillent à la conservation de notre vie, de notre santé, de notre honneur ; ils prennent garde que rien ne nous manque pour le vivre et pour le vêtement. Qui pourrait dire le nombre des divers accidents dont ils nous garantissent journellement ? Combien de fois n'avons-nous pas été exposés à des dangers imminents ?

Qui est-ce qui nous en a délivrés, sinon notre bon Ange ? Combien de personnes qui, en se félicitant d'avoir échappé aux dangers qui les menaçaient, n'ont pu attribuer cette grâce qu'à la protection et à la sollicitude de leurs bons Anges ? C'est surtout au moment de notre mort que nos charitables guides nous donnent les plus grandes preuves de leur zèle pour notre salut, parce qu'alors les démons redoublent d'efforts pour nous perdre, et que c'est le moment d'où dépend notre éternité heureuse ou malheureuse. On croit même qu'alors ils invitent plusieurs autres Anges à s'unir à eux ; et il y a tout lieu de croire que plus nous aurons honoré d'Anges durant le cours de notre vie, plus aussi, il y en aura qui viendront à notre secours dans ce dernier moment.

Cette sollicitude de nos Anges gardiens ne se borne pas au temps de la vie présente, ils nous secourent encore après la mort. Ce furent les Anges qui portèrent Lazare dans le sein d'Abraham. Lorsque nos âmes sont condamnées à passer quelque temps dans les flammes du purgatoire, ils nous y favorisent de leurs visites, pour nous apporter quelques paroles consolantes, ils inspirent à nos parents et à nos amis de prier pour nous et de nous appliquer les indulgences. C'est sans doute à leur charité qu'il faut attribuer les espèces d'avertissements que plusieurs personnes assurent avoir reçus, soit en songe, soit par d'autres voies, de prier pour la délivrance des âmes des personnes qui leur sont chères.

" O condescendance admirable ! ô excès de bonté et d'amour ! s'écrie ici saint Bernard. Il a ordonné à ses Anges d'avoir soin de vous. Qui est celui qui a donné cet ordre ? à qui, et en faveur de qui l'a-t-il donné ? quel en est enfin l'objet ? Considérons attentivement ce mystère, et tâchons d'en bien saisir toutes les parties. Qui est celui qui a donné cet ordre ? C'est le Seigneur tout-puissant, le souverain des Anges. Oui, le Dieu suprême a commandé à ses Anges, à ces sublimes intelligences, à ces bienheureux esprits, qui sont placés si près de son trône ; et quoi ? de vous garder, de prendre soin de vous, ce qui a fait l'objet de ce commandement. Qui êtes-vous donc, ô misérables enfants d'Adam, pour avoir été ainsi l'objet d'une aussi tendre sollicitude de la part du Créateur de toutes choses ? Quoi ! l'homme est-il donc autre chose qu'un amas de corruption ? Ne doit-il pas être un jour la pâture des vers ? Encore une fois, quel a donc pu être l'objet d'un tel commandement de la part du Dieu vivant ? Là sera quelque grand mystère caché. Il a ordonné à ses Anges de vous diriger dans toutes vos voies ; et ils ne s'en tiendront pas là ; car, ils nous porteront, pour ainsi dire, en leurs mains, de peur que nous n'allions heurter du pied contre la pierre. Ah ! les choses étant ainsi, pourrions-nous donc ne pas louer et remercier une telle bonté ! " (Cf. VI° jour, p.39-41).

Ainsi, ce saint docteur exprime-t-il lui-même ses sentiments d'admiration, d'amour et de reconnaissance sur cet inestimable bienfait de la divine Providence.

Pour mieux l'apprécier encore ce bienfait inappréciable, considérons les trois caractères de l'amour des Anges envers les hommes, qui sont l'humilité, la tendresse et la ferveur : I° Leur humilité paraît en ce que volontiers ils quittent, pour ainsi dire, le ciel pour venir sur la terre ; elle paraît en ce qu'ils ne dédaignent pas de s'attacher à la conduite des hommes les plus vils et les plus abjects ; car le pauvre leur est aussi cher que le plus opulent, et même ils préfèrent Lazare avec ses haillons à l'opulence du mauvais riche revêtu d'habits précieux ; enfin, leur humilité paraît, en ce qu'ils n'ont pas horreur de servir les pécheurs les plus abominables, ni les plus grands ennemis de Dieu, ce qui est certainement le dernier état d'abaissement où ils peuvent être réduits. 2° Leur douceur et leur tendresse éclatent, en ce qu'ils ont une grande compassion de nos misères, et qu'ils les soulagent de tout leur pouvoir, autant que Dieu le leur permet. Elle paraît encore dans le support de nos défauts et de nos imperfections, qu'ils corrigent sans amertume, et qu'ils endurent sans impatience, quand nous nous rendons incorrigibles. Elle paraît enfin dans la familiarité qu'ils ont avec ceux qui se rendent dignes de leurs caresses. Les vies des saints, et en particulier celle de sainte Françoise, nous en donnent un grand nombre d'exemples. 3° Mais qui pourrait exprimer avec quelle ferveur et avec quel zèle ils prennent notre défense et s'opposent aux efforts du démon, qui ne cherche qu'à nous perdre ? On ne peut mieux juger de la tendre affection qu'ils ont pour nous, que par la haine implacable qu'ils portent à nos ennemis invisibles. Le diable ne dort point, et la fureur qui le transporte fait que, non seulement il nous poursuit le jour, mais qu'il nous trouble encore dans notre repos, par des fantômes impurs et des illusions dangereuses. Eh bien ! le zèle de notre Ange gardien n'est pas moins vigilant ; et l'on peut dire de sa sollicitude, ce que David dit de la protection de son peuple : " Celui qui garde Israël ne dort point : Ecce non dormitabit qui custodit Israel. " Satan n'a d'autre désir que de nous porter au péché, et l'Ange Gardien n'en a d'autre que de nous porter à la vertu et à la sainteté. Le dessein de Satan est de nous damner et de nous rendre malheureux comme lui ; et le plus ardent désir de notre bon Ange est de nous sauver et de partager avec nous le bonheur dont il jouit.

Il faut convenir que si nous avons d'un côté à redouter la fureur des démons, nous trouvons d'ailleurs, dans le zèle ardent et la tendre charité de notre bon Ange, tous les secours nécessaires pour le repousser et pour éviter de tomber sous sa cruelle tyrannie. Mais à ces secours déjà si puissants le Seigneur a daigné en ajouter d'autres, où il fait éclater autant sa sagesse que son infinie bonté, comme nous allons le voir dans le paragraphe suivant.



PARAGRAPHE SECOND

Les Anges des chœurs et des hiérarchies supérieures sont aussi nos protecteurs.

Ce serait une erreur de croire que Dieu n'emploie pour nous secourir que nos Anges Gardiens, c'est-à-dire que les Anges du dernier chœur. L'apôtre saint Paul, dans le second chapitre de sa lettre aux Hébreux, dit expressément qu'ils sont tous envoyés en faveur de ceux qui aspirent à l'héritage céleste. Nonne omnes sunt administratorii spiritus ? etc. Et l'Eglise, dans l'oraison qu'elle adresse à Dieu, nous donne une nouvelle preuve de cette vérité, lorsqu'elle prie le Seigneur de permettre que les Anges qui assistent toujours en sa présence pour le servir, défendent aussi notre vie sur la terre : Et ab his in terra vita nostra muniatur. II paraît donc certain que les Anges des chœurs et des hiérarchies supérieures s'intéressent également à notre bonheur, et qu'ils sont aussi les dispensateurs des grâces et autres secours que nous recevons de la bonté de Dieu ; en un mot, qu'ils sont aussi, en un sens, nos gardiens, nos protecteurs et nos bienfaiteurs. Le prophète Isaïe nous apprend qu'un Séraphin lui fut envoyé du ciel pour lui purifier les lèvres, afin de le disposer à annoncer les oracles du Seigneur. Nous voyons aussi dans la vie de saint François d'Assise, et dans celle de sainte Thérèse, que l'un et l'autre furent aussi favorisés de la visite d'un Séraphin. Nous apprenons encore des livres saints, que Dieu a établi ses Anges protecteurs des royaumes et des provinces, et l'on croit aussi que chaque ville, chaque village même, ainsi que les diocèses et les communautés religieuses, jouissent également de cette faveur. Plusieurs histoires nous donnent assez à entendre que nos temples sacrés ont aussi leurs Anges Gardiens ; et l'Eglise, dans l'oraison des Complies, nous fait espérer que Dieu, quand il en est prié, envoie aussi des Anges dans des maisons particulières, pour garder ceux qui y demeurent : Angeli sancti tui habitent in ea. Il a été révélé au prophète Daniel, que l'Ange de la Perse s'était fortement intéressé en faveur de ce royaume, et que d'un autre côté saint Michel, protecteur du peuple juif, leva, par son crédit auprès de Dieu, tous les obstacles qui s'opposaient au retour des Juifs de la captivité de Babylone. Nous lisons dans les Actes des Apôtres (chap. XVI), qu'un Macédonien apparut la nuit à saint Paul et le pria de venir annoncer l'Evangile dans la Macédoine. Or ce Macédonien ne pouvait être que l'Ange de cette province, qui lui fit cette invitation par l'intérêt qu'il prenait au salut de ses habitants. Nous lisons aussi dans la vie de saint François Xavier, que l'Ange du Japon lui apparut à Rome et lui fit la même invitation que celui de Macédoine avait faite à saint Paul. Nous pouvons donc conclure de tout cela, que chacun de nous a non seulement un, mais plusieurs Anges préposés à sa garde, puisque la divine Providence a daigné mettre chacun de nous, non seulement sous la protection immédiate de nos Anges Gardiens respectifs, mais encore sous celle de l'Ange ou de l'Archange du royaume, de la province, de la ville, de la communauté et jusque de la maison même, au sein de laquelle nous vivons. Aussi, devons-nous bien remarquer que le prophète David ne dit pas : que Dieu ait ordonné à un seul Ange, mais à ses Anges d'avoir soin de chacun de nous. Angelis suis mandavit de te. (Ps. XC). Observation qui sert à nous montrer combien Dieu s'est plu à multiplier ses bienfaits en notre faveur, ce qui, à moins que nous ne portassions en nous des cœurs de démons, est sans doute bien propre à enflammer de plus en plus la vivacité de notre reconnaissance et l'ardeur de notre amour pour lui.

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Dernière révision : 10 décembre 2017.