de Mgr Xavier Barbier de Montault

Note : Ce site n'est rattaché à aucune religion, car les Messagers, qu'on les nomme Anges ou d'autres noms, sont présents depuis la nuit dans toutes les traditions. Cependant, la religion chrétienne a particulièrement étudié ceux que l'on nomme "Anges Servants", raison pour laquelle j'ai jugé opportun de vous présenter certains textes, comme celui qui suit, afin que vous puissiez vous en faire votre propre idée, en toute connaissance... Bonne lecture...

 

Extrait du Traité d'Iconographie Chrétienne

Illustrations : Planche 1 - Planche 2

LIVRE X, CHAPITRE I : LES ANGES


1. - Ange dérive du latin angelus, qui traduit littéralement un terme grec qui signifie envoyé, messager. L'ange est, en effet, le héraut de Dieu dans ses rapports avec la terre.

2. - Il y a quatre opinions sur le moment précis de la création des Anges. Dans la première, ils correspondent au premier jour, qui est celui de la lumière ; le XIII° siècle, à Chartres, les fait créer en même temps que le firmament où il les place, c'est-à-dire le second jour ; dans les livres d'heures, ils sont créés seulement au cinquième : Dieu, par sa bénédiction, les fait éclore dans le ciel, où ils apparaissent à mi-corps et alors leur est appliqué ce texte de la Genèse « Creavit Deus omnem animam viventem secundum genus suum » (I, 21) ; enfin, ils auraient suivi la création matérielle, dont ils sont le complément (fresque de Buffamalco, au Campo santo de Pise, XIV° s.).

3. - Le nombre des Anges est considérable. En effet, Notre Seigneur, lors de sa Passion, dit à Saint Pierre : « An putas quia non possum rogare Patrem meum, et exhibebit mihi modo plusquam duodecim legiones angelorum ? » (S. Matth., XXVI, 53).

4. - Les Anges étant de purs esprits, l'art a dû, pour les rendre visibles, leur donner une forme matérielle : il a pris, en conséquence, la plus belle et la plus noble, qui est la forme humaine que souvent il a cherché à idéaliser, pour la rendre le plus immatérielle possible.
Deux systèmes ont été adoptés : l'ange a été figuré homme ou enfant, vêtu ou nu, avec ou sans sexe.
L'homme est un adolescent, à figure imberbe ou un homme fait, de vingt-cinq à trente ans, mais sans barbe, pour exprimer sa jeunesse éternelle. Lorsque les trois Maries arrivent au sépulcre, elles y rencontrent un ange sous les traits d'un jeune homme : « Et introeuntes in monumentum, viderunt juvenem sedentem in dextris, coopertum stola candida » (S. Marc., XVI, 5). A l'Ascension, ce sont deux hommes qui parlent aux apôtres : « Cumque intuerentur in coelum euntem illum, ecce duo viri astiterunt juxta illos in vestibus albis » (Act. apost., I, 10). Aussi l'art des premiers siècles n'a-t-il pas donné d'ailes à ses Anges, ce qui les rend encore plus semblables à des hommes.
La virilité des traits et du corps n'entraîne nullement la constatation du sexe, erreur grave dans laquelle est tombée la renaissance et que contredit formellement l'Evangile : « Cum enim a mortuis resurrexerint, neque nubent neque nubentur, sed sunt sicut angeli in coelis » (S. Marc., XII, 25). Le sexe masculin, le seul qui leur ait été donné, ne convient pas, puisqu'il est le signe de l'infirmité et du mariage, deux choses purement matérielles, en rapport avec la terre.
La forme en enfant se manifeste surtout à partir de la renaissance et on l'a adoptée comme symbole de candeur et d'innocence.

5. - Le corps a été figuré de deux manières, en entier ou par parties seulement. Entier, c'est l'homme complet ; par parties, on lui enlève successivement les pieds, les jambes et le buste. De la sorte il est de moins en moins matériel et réduit à l'élément indispensable pour représenter une créature vivante et intelligente.
Le corps alourdit l'être : en lui enlevant les pieds, on le dégage de la terre. L'école giottesque les supprime ou tout au moins les dissimule sous une longue robe traînante.
La partie inférieure du corps, dont la fonction est toute animale, a été également omise par les peintres italiens du XIV° siècle, qui ont compris que la forme humaine ne comportait ni les besoins ni les passions de l'humanité. L'ange en buste émerge des nuages et les facultés dont il est doué se condensent dans sa poitrine, où bat le cœur, et dans sa tête, siège de l'intelligence.
Enfin, le corps, diminué de plus en plus, ne garde plus qu'une tête, ce qui donne encore davantage l'idée d'un être ne vivant aucunement de la vie matérielle et terrestre. Cette forme a prévalu surtout depuis la renaissance.

6. - Trois choses caractérisent l'ange : le nimbe, les pieds nus et les ailes. Le nimbe est l'attribut de la sainteté ; on le complète souvent par le diadème, qui signifie la gloire. La nudité des pieds est un signe de mission dans le monde et de glorification ; cependant elle n'est pas toujours absolue : en Italie, on ajoute des sandales, ce qui est l'équivalent, tandis que les Byzantins et les Latins, qui ont subi l'influence de l'Orient, chaussent les pieds de brodequins.
Les ailes sont utiles pour remplir la mission confiée et pour exprimer la rapidité avec laquelle s'accomplit le commandement reçu. Elles sont comme celles des oiseaux, en plumes blanches ou multicolores : au XV° siècle, on adopta de préférence les plumes de paon (tapisseries de la cath. d'Angers). Il y en a deux, fixées aux épaules ; quelquefois quatre, dont deux couvrent la partie inférieure du corps ; ou encore six, dont deux attachées au cou et dressées derrière la tête, de façon à dessiner une croix. Les ailes sont abaissées, au repos ; volantes, quand il y a un ordre à exécuter ; un système mixte consiste à abaisser une aile et dresser l'autre, ce qui indique une mission temporaire.

7. - Les Anges habitent le ciel et se groupent autour de Dieu : « Et omnes angeli stabant in circuitu throni » (Off. de la Toussaint). Ils émergent des nuages ou volent dans les airs. Sur terre, ils remplissent la mission spéciale qui leur a été assignée.

8. - Leur costume comprend un ou deux vêtements, tunique seule ou tunique et manteau, de couleur blanche, comme le dit l'Evangile. La tunique est longue, en forme de robe, recouvrant parfois les pieds, ceinte à la taille et souvent ornée d'orfrois ; la renaissance l'échancre sur les côtés, de manière à ne pas gêner la marche, mais à produire un effet de nu et ajoute souvent une seconde ceinture sous les aisselles. Le manteau se jette sur les épaules et est ramené en avant.
Au XV° siècle, on les revêt de l'aube et de l'amict à parement ; puis on y ajoute une étole croisée sur la poitrine et aussi une dalmatique ou une chape de couleur, parce que les considérant comme ministres de Dieu, on leur attribue les mêmes vêtements qu'aux ministres des autels.

9. - Leurs attributs ordinaires sont : un bâton pommeté, signe distinctif de leur mission ; un bouclier, quand ils combattent ; un étendard, car ils appartiennent à la milice céleste ; le globe du monde, pour exprimer la puissance céleste qui les délègue ; un glaive ou une lance, qui en fait des guerriers ; une palme, symbole du triomphe ; le sceau de Dieu, marqué d'une croix ou du chrisme ; un sceptre, car ils représentent le roi des cieux ; des yeux, répartis sur les ailes, car ils voient tout.

10. - A consulter : Didron, Iconographie des Anges, dans les Annales archéologiques, t. XI, XII, XVIII ; Van Drival, L'iconographie des Anges (Arras 1868, in-8°), extr. de la Revue de l'art chrétien, t. X.

11. - Types iconographiques.

Fig. 197. Ange en tête ailée, par Pérugin, XV° s.

Fig. 198. Ange à six ailes ocellées, XIII° s.

Fig. 199. Ange sans jambes, XIV° s. - Fig. 200. Ange chaussé, XII° s. -

Fig. 201. Ange sandalé, XII° s.

Fig. 202. Ange en aube : armoire de Noyon, XIV° s.

Fig. 203. Ange chapé : châsse de sainte Ursule, XV° s.

Fig. 204. Ange avec le bâton pommeté, ivoire grec, X° s.

Fig. 205. Ange tenant le signum Dei : coupe émaillée au Louvre, XIII° s..

Fig. 206. Ange thuriféraire, tombe du XIV° s., à Châlons sur Marne.

Fig.207. Ange céroféraire, cloche de Joigny, XV° s.

Fig. 208. Ange présentant des couronnes aux élus : tombe de Châlons, XIV° s.

Fig. 210. Chérubin, ms. grec au Vatican, VIII° s.

Fig. 211. Séraphin sur Trône, sculpt. de la cath. de Chartres, XIII° s.

Fig. 212. Saint Gabriel : émail grec, XI° s.

 

CHAPITRE II : LES FONCTIONS DES ANGES


1. - Les fonctions des Anges sont multiples : cependant on peut les diviser en deux catégories, suivant que leur rôle est historique ou mystique.
J'entends par rôle historique celui que leur assigne la Bible ou qui est mentionné dans la liturgie et les vies des saints : il en sera question le cas échéant.
Le rôle mystique est une conception purement artistique et qui repose sur un sentiment pieux.

2. - Les Anges forment, au ciel, la cour céleste, attendant les ordres de Dieu, le louant et l'adorant : « Ceciderunt in conspectu throni in facies suas et adoraverunt Deum. » (Off. de la Toussaint).
Le Christ, dans sa vie mortelle, les associe à sa naissance, à sa fuite en Egypte, au baptême, où ils tiennent les vêtements ; à sa passion, dont ils portent les instruments ; à sa mort, qu'ils pleurent et où ils recueillent son sang ; à sa déposition de la croix, soutenant le cadavre ; à son ascension, soulevant son auréole, de même qu'à sa majesté et enfin l'escortant au jugement dernier.
La Vierge y a droit également : ils la servent au temple, l'enlèvent à son assomption, la couronnent et assistent à son triomphe. L'Eglise la proclame reine des Anges, « regina angelorum, domina angelorum », élevée au-dessus des Anges : « Exaltata est Sancta Dei genitrix super choros angelorum ad coelestia regna » (Off. de l'Assomption).
Souvent, ils escortent les saints, portant leurs attributs.

3. - Relativement aux âmes, ils les portent au ciel, les appellent au jugement dernier, font la séparation des bons et des méchants, donnant des couronnes aux élus, introduisant dans le séjour des bienheureux : « In paradisum deducant te angeli. Chorus angelorum te suscipiat. Occurrite, angeli Domini, suscipientes animam ejus, offerentes eam in conspectu Altissimi. » (Rit. Rom.).

4. - Sur terre, on leur remet aux mains les instruments du saint sacrifice (cath. de Reims, XIII° s.), ils soutiennent le croissant de l'ostensoir, portent les saintes reliques, l'écusson des donateurs ou des défunts, veillent sur les tombes : « Deus, cujus miseratione animae fidelium requiescunt, hunc tumulum benedicere dignare eique angelum tuum sanctum deputa custodem. » (Rit. Rom.).

5. - Les Anges sont debout, à genoux, volants, suivant leur rôle.
Agenouillés, ils adorent, soit Dieu, soit l'Eucharistie, qu'ils regardent en face, car c'est le XVII° siècle seulement qui a eu l'idée saugrenue de leur faire baisser les yeux, témoin cette hymne du bréviaire parisien : « Nubuntque vultus angeli. »
Acolytes, ils tiennent un chandelier ou un encensoir, pour honorer Dieu, la Vierge, les saints et les défunts.
Musiciens, ils chantent et s'accompagnent d'instruments divers. On leur met alors entre les mains un rouleau noté, un livre inscrit au Sanctus, un phylactère écrit.

6. - Dans 1'Apocalypse, sept Anges sont spécialement chargés de châtier la terre : ils sonnent de la trompette et chacun d'eux préside à un fléau : « Et septem angeli, qui habebant septem tubas, praeparaverunt se ut tuba canerent. Et primus angelus tuba cecinit et facta est grando et ignis mixta in sanguine et missum est in terram et tertia pars terrae combusta est. » (Ap., VIII, 6, 7).

7. - Types iconographiques. Fig. 206. Ange thuriféraire, tombe du XIV° s., à Châlons sur Marne. - Fig.207. Ange céroféraire, cloche de Joigny, XV° s. - Fig. 208. Ange présentant des couronnes aux élus : tombe de Châlons, XIV° s.


 

CHAPITRE III : LES ANGES GARDIENS


1. - Chaque fidèle, au baptême, est mis sous la protection d'un ange spécial, qui l'assiste pendant sa vie et à sa mort. La liturgie a, le premier octobre, une fête des saints Anges gardiens, mais elle est d'institution récente.

2. - Il en est de même de l'iconographie, qui ne remonte pas au-delà du XVII° siècle.
L'ange prend par la main un enfant, pour le conduire au ciel qu'il lui montre et le détourner soit du démon, représenté par un serpent, soit de l'enfer ; il lui apprend aussi à prier. Sur une toile de 1618, à l'église de Sainte Pudentienne, à Rome, l'enfant est nu, c'est-à-dire sans défense : il tient son cœur à la main, emblème de sa charité ; une aigrette de feu brille sur sa tête, pour indiquer sa foi et l'ange lui présente une ancre d'or, c'est dire qu'il lui enseigne la pratique des trois vertus théologales.
La scène se complète par cette inscription, gravée à la frise de la porte Angélique, â Rome : « Angelis suis mandavit de te ut custodiant te in omnibus viis tuis » (Ps. XC, 11) ou cette autre, relevée dans l'archidiocèse de Bénévent : « Datus sum tibi ut praecedam et custodiam te in via et introducam te ad coelum. » (Exod., XXIII).

3. - L'iconographie a aussi préposé des Anges à la garde des planètes : au XIII° siècle surtout, le soleil et la lune sont tenus par des Anges.

4. - Type iconographique.

Fig. 209. Ange gardien défendant une jeune fille contre l'assaut du démon, miniature du XVII° s.

Fig. 213. Saint Michel terrassant le dragon, cuivre gravé, XIII° s.

Fig. 214. Saint Michel pesant les âmes : vitrail de Bourges, XIII° s.

 

CHAPITRE IV : LES ANGES APOCRYPHES


1. - Le moyen âge a invoqué des Anges que l'Eglise ne reconnaît pas et qu'elle a même formellement condamnés, entr'autres au VIII° siècle, au concile de Rome présidé par le pape Zacharie. Les gnostiques en sont probablement les auteurs, la magie a continué.

2. - Dans les mosaïques de Rome et de Ravenne, le Christ est assisté par quatre archanges. Trois sont connus : Michel, Gabriel et Raphaël ; le quatrième est Uriel, nommé trois fois dans le 4° livre d'Esdras : « Angelus qui missus est ad me, cui nomen Uriel » (IV, I) ; « Mihi mandavit Uriel angelus » (V, 20) ; « Ubi est Uriel angelus ? » (X, 28). Uriel est désigné nommément sur le moule à vase liturgique du musée d'Orléans (VII° s.), et le nœud d'une crosse d'ivoire du Musée de Lyon (XI° s.) Il était invoqué à Milan.
A la fin du XV° siècle, Pérugin a peint au Vatican les quatre archanges : Michel, Gabriel, Raphaël et Uriel.

3. - Au martyrium de Poitiers, et sur le moule d'Orléans, le quatrième ange est appelé Raguel. Or Raguel est précisément un de ceux qui, avec Uriel, ont été réprouvés au concile romain. Ce nom signifie Pastor Dei.
 

CHAPITRE V : LES NEUF CHOEURS DES ANGES


1. - Les Anges ne sont pas tous égaux ; entr'eux est établie une hiérarchie, basée à la fois sur l'enseignement de S. Paul, de S. Denis l'Aréopagite et de la liturgie.
S. Paul nomme les Principautés, les Puissances, les Vertus, les Dominations et les Trônes (Ad Ephes., I, 20-21 ; ad Colossen., I, 16). Les préfaces de la messe désignent les Anges, les Archanges, les Trônes, les Dominations, les Puissances, les Vertus et les Séraphins. Dans le Te Deum, nous n'avons que les Anges, les Cieux ou Trônes, les Chérubins, les Séraphins et les Puissances. Cette nomenclature est incomplète, parce qu'elle ne comprend que cinq ou sept ordres d'anges.
S. Denis, plus explicite, établit trois familles, chacune de trois groupes :
Conseillers : Séraphins, Chérubins, Trônes.
Gouverneurs : Dominations, Vertus, Puissances.
Ministres : Principautés, Archanges, Anges.

2. - Les Séraphins, « Seraphim », sont au premier rang. En hébreu, Seraphim veut dire brûler : ce sont les Anges de l'amour. Ils ont donc l'ardeur et la couleur du feu ; ils sont complètement rouges, visages et ailes. Les ailes, au nombre de six, couvrent entièrement le corps. On leur met en main une épée flamboyante ou des flammes (cath. de Chartres, XIII° s.), et chez les Byzantins, un double flabellum avec l'inscription : Saint, saint, saint ; au tombeau de S. Pierre de Vérone, à Milan (1338), ils tiennent un chandelier allumé. Ce fut un séraphin qui purifia les lèvres d'Isaïe avec un charbon ardent, un des deux qui formaient le trône de Dieu : « Vidi Dominum sedentem super solium excelsum et elevatum... Seraphim stabant super illud, sex alae uni et sex alae alteri : duabus velabant faciem ejus, et duabus velabant pedes ejus et duabus volabant et clamabant alter ad alterum et dicebant : Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus exercituum, plena est omnis terra gloria ejus » (Is., VI, 1-3).
L'ordre des Séraphins fut fondé en Suède l'an 1334. Les chevaliers portaient au cou un collier, formé de têtes de séraphins ailées, or et rouge, alternant avec des croix à double croisillon ; le médaillon qui y pendait était marqué au monogramme du nom de Jésus, accompagné des quatre clous de la Passion, sur champ d'azur.

3. - Cherubim, en hébreu, signifie proche, assistant. Anges de la doctrine, les Chérubins ont six ailes, entourant une tête seule, sans corps apparent : le tout est bleu. Deux chérubins étendaient leurs ailes vers l'arche d'alliance, comme Dieu l'avait commandé à Moïse : « Duos quoque cherubim aureos et productiles facies ex utraque parte oraculi. Cherubim unus sit in latere uno et alter in altero. Utrumque latus propitiatorii tegant, expandentes alas et operientes oraculum, respiciantque se mutuo versis vultibus » (Exod., XXV, I8-20). Le tombeau de Saint Pierre de Vérone leur attribue trois livres fermés, emblème de la Trinité et un phylactère, à cause de l'unité de Dieu. Dieu est assis sur les Chérubins et c'est eux qui l'enlèvent aux cieux : « Qui sedes super Cherubini » (Ps. LXXIX, 2). « Inclinavit coelos et descendit... Et ascendit super Cherubim et volavit » (Ps. XVII, 10-11).

4. - Les Trônes, « Troni » sont les roues vivantes du char de Dieu : « Aspiciebam donec throni positi sont et antiquus dierum sedit... thronus ejus flamma ignis, rote ejus ignis accensus. » (Daniel, VII, 9). Les roues, enlacées les unes dans les autres, sont embrasées et ailées, car leur course est rapide ; elles sont parsemées d'yeux, pour exprimer qu'elles sont à la fois intelligentes et animées. Tel est le type des Byzantins. A Chartres, le Trône, à six ailes ocellées, est debout sur une roue ; à Milan, il a l'épée et Dieu dans une auréole.

5. - Les Dominations, « Dominationes », chez les Grecs, ont pour attributs : une aube, une ceinture d'or et une étole verte ; une baguette d'or ou un sceptre terminé par une croix et le sceau de Dieu, inscrit à son nom.
A Chartres, le XIII° siècle les habille richement, tunique et manteau, et leur donne, comme aux rois, le sceptre et la couronne : à Milan,, elles ont le sceptre et le globe.

6. - Les Vertus, « Virtutes », se confondent pour les attributs avec les Dominations. La baguette leur convient, comme à Moïse, car ce sont elles qui opèrent les miracles et les prodiges, dit Isidore de Séville : « Septimus gradua spiritualium ministrationum Virtutes nominantur, per quos spiritus virtutes et signa et mirabilia in hominibus saepe factitantur ». A Milan, elles tendent les mains vers le ciel, pour signifier que Dieu seul opère par elles : « qui facit mirabilia solos » (Ps. LXXI, 18).

7. - Les Puissances, « Potestates » combattent les démons, comme le chante une ancienne hymne :
Potestates viribus
Daemones arcere
Solent, ne hominibus
Queant praevalere.
Leurs attributs consistent dans l'aube, la baguette d'or, le sceau de Dieu et le sceptre, ce qui ne les différencie pas suffisamment ; à Milan, leur poing fermé indique le combat et la victoire est exprimée par le démon qu'elles foulent aux pieds.

8. - Les Principautés, « Principatus », chez les Byzantins, se reconnaissent à leurs armes, hache ou javelot ; à leur costume de guerrier ; à un lis fleuri et au sceau de Dieu. A Chartres, leurs attributs sont : l'aube, la dalmatique et l'évangéliaire, car dit Saint Isidore, elles sont établies « ad explenda Dei ministeria quae facere subjecti debeant » et à ce titre on les assimile aux diacres. Milan leur met en main un rocher, surmonté d'un château fort.

9. - Les Archanges, « Archangeli », ont le costume militaire, tunique et manteau, glaive, lance et bouclier ; les Grecs y ajoutent le sceau de Dieu. A Milan, le phylactère dénote qu'ils sont des messagers célestes et parlent au nom de Dieu.

10. - Les Anges, « Angeli », figurent au dernier rang. Le premier chapitre de ce livre leur a été entièrement consacré. A Milan, ils montrent une jeune fille, qui est la Vérité, parce qu'ils ont combattu pour elle.

11. - Les neuf chœurs, ont été symbolisés par neuf pierres précieuses et neuf couleurs :
Séraphins : escarboucle, rouge.
Chérubins : topase, blanc.
Trônes : crysolithe, vert et or.
Dominations : onyx, pourpre et blanc.
Vertus : saphir, bleu.
Puissances : émeraude, vert.
Principautés : sardoine, rose.
Archanges : béryl, violet.
Anges : jaspe, vert foncé.

12. - Types iconographiques. Fig. 210. Chérubin, ms. grec au Vatican, VIII° s. - Fig. 211. Séraphin sur Trône, sculpt. de la cath. de Chartres, XIII° s.
 

CHAPITRE VI : LES ARCHANGES


1. - Saint Isidore appelle les archanges les ambassadeurs : « Archangeli, id est hominis nuntii vocantur, per quos majora quaeque hominibus nuntiantur ». Parmi eux, trois, spécialement désignés par l'Ecriture, ont joui d'un culte exceptionnel dans l'Eglise ; ce sont Saint Michel, Saint Gabriel et Saint Raphaël.

2. - Rarement, on les voit associés ensemble, à cause de la symétrie, qui préfère deux ou quatre. Cependant ils accompagnent le Christ sur l'autel d'or de la cathédrale de Bâle, qui est au musée de Cluny et qui date du XI° siècle ; l'inscription les désigne ainsi : Quis sicut el, Fortis, Medicus, c'est-à-dire par la signification de leurs noms hébreux. Le XII° siècle les a assis sur le pied d'un crucifix d'autel (colt. Debruge), où ils tiennent dans un médaillon leur nom hébreu avec sa traduction : Michael, quis ut Deus. Gabriel, fortitudo Dei. Raphaël, medicina Dei.
Saint Michel et Saint Gabriel sont figurés dans les mosaïques de Ravenne au VI° siècle et à Parme, au XII°, ils assistent à la crucifixion.

3. - Michel signifie en hébreu qui est comme Dieu, cri qu'il prononça lors de la révolte des Anges. La liturgie lui assigne un triple rôle : chef de la milice céleste, ministre de l'autel, introducteur des âmes.
Costumé en guerrier, il est vêtu du casque et de la cuirasse, armé du bouclier, d'un glaive ou d'une lance, quelquefois de la foudre : il foule aux pieds le démon vaincu, souvent sous la forme d'un dragon (à Milan, d'un crapaud) et le tient enchaîné ou le perce de la croix. Chef de la milice céleste, il a en main un étendard autour duquel se groupent les Anges fidèles. « Signifer sanctus Michael ». (Messe des morts). « Factum est silentium in coelo dum draco committeret bellum et Michael pugnavit cum eo et fecit victoriam ». (Brév. rom.) « Hic est Michael archangelus, princeps militiae angelorum » (Ibid.). Deux notables spécimens du combat contre le démon sont : le tympan de la porte, à Saint Michel d'Entraigues (Charente), au XII° siècle et pour le XVI°, le tableau de Raphaël, qui est au Louvre.
La liturgie montre Saint Michel, debout près de l'autel, un encensoir d'or en main : « Stetit angelus juxta aram templi, habens thuribulum aureum in manu sua et data sunt ei incensa multa et ascendit fumus aromatum de manu angeli in conspectu Domini ». Cet encens qui fume symbolise la prière du peuple chrétien : « Michael archangelus venit in adjutorium populo Dei, stetit in auxilium pro animabus justis. Michael archangele, veni in adjutorium populo Dei ».
Saint Michel est l'introducteur au paradis, aussi tient-il en main la balance avec laquelle se pèsent les âmes ou leurs œuvres : « Archangelus Michael, praepositus paradisi. Venit Michael archangelus cum multitudine angelorum, cui tradidit Deus animas sanctorum ut perducat eas in paradisum exultationis. Archangele Michael, constitui te principem super omnes animas suscipiendas ». (Brév. rom.).
Un de ses attributs est la coquille, à cause du célèbre pèlerinage du Mont Saint Michel. Deux de ses apparitions sont fêtées dans l'Eglise : celle du mont Gargan, sous la forme d'un taureau (8 mai) et celle au mont Tombe (29 septembre) ; une troisième est non moins célèbre, celle qui fit donner au môle d'Adrien à Rome le nom de fort Saint-Ange, parce qu'il s'y montra, remettant l'épée dans le fourreau pour indiquer la cessation de la peste, pendant une procession présidée par Saint Grégoire-le-Grand.
Un ordre avait été institué sous son vocable en 1469, par Louis XI. Il existe encore en Angleterre, où il a été fondé en 1817. La croix portait sur la face Saint Michel terrassant le dragon et en exergue Quis ut Deus et au revers Dominus potens in praelio (Ps. XXIII, 8).
Saint Michel est le protecteur de la France, de l'Angleterre, de la Bavière, du royaume de Naples et du Portugal.
On l'invoque en particulier pour la bonne mort.
Il est le patron des balanciers, bonnetiers, chapeliers, escrimeurs, étuvistes, gaufriers et oublieurs, merciers et épiciers.

4. - Gabriel, en hébreu, se traduit force de Dieu. Cet archange ne paraît qu'à l'Annonciation et alors il a pour attributs : le costume ecclésiastique, aube, étole, chape ou dalmatique, pour indiquer un ministre de Dieu ; un bâton pommeté ou crucifère, sceptre ou verge des hérauts ; un phylactère, où sont les premiers mots de la salutation qu'il adressa à Marie : Ave gracia plena ; un lis, pour exprimer à la fois la pureté de la Vierge et le but de son message, qui était le remède aux maux de l'humanité ; le geste de la bénédiction qu'il apporte à Marie, la proclamant bénie entre les femmes ou d'indication, quand il lui montre la colombe divine qui descend du ciel. Quelquefois, il est escorté d'un groupe d'anges.

5. - L'hébreu Raphaël signifie remède ou guérison de Dieu, car il remédie et guérit en son nom. Son double attribut est le poisson, avec lequel il rendit la vue à Tobie et le jeune Tobie lui-même, qu'il accompagne en lui donnant la main : « Egressus Tobias invenit juvenem splendidum, stantem praecinctum et quasi paratum ad ambulandum » (Tob., V, 5). « Fel valet ad ungendos oculos in quibus fuerit albugo et sanabuntur » (VI, 9). « Ego sum Raphael, unus ex septem qui astamus ante Dominum » (XII, 15).
Saint Raphaël est le patron des voyageurs et des marins, à cause du rôle qu'il joua vis-à-vis de Tobie. Ses attributs sont : un costume de voyageur, tunique relevée et ceinte à la taille ; un bâton, qui indique une marche longue ; le poisson, qu'il ordonna de pêcher ; un vase à remèdes, comme ayant guéri Tobie.

6. - Types iconographiques. Fig. 212. Saint Gabriel : émail grec, XI° s. - Fig. 213. Saint Michel terrassant le dragon, cuivre gravé, XIII° s. - Fig. 214. Saint Michel pesant les âmes : vitrail de Bourges, XIII° s..

 

CHAPITRE VII : LES SEPT ANGES


1. - Les sept Anges sont désignés deux fois dans l'Ecriture. Raphaël se déclare un des sept. « Unus ex septem qui astamus ante Dominum » (Tob., XII, 15). Dans l'Apocalypse, ils sont les ministres des fléaux de Dieu : « Vidi angelos septem, habentes plagas novissimas » (XV, 1). Leurs noms ne sont pas toujours les mêmes, comme on va voir.

2. - A Palerme, on découvrit, en 1516, une peinture représentant les sept Anges, avec leurs noms hébreux et latins : « Michael, victoriosus ; Raphael, medicus ; Gabriel, nuncius ; Barachiel, adjutor ; lehadiel, remunerator ; Uriel, fortis socius ; Sealtiel, orator ». Chez les Jésuites, à Venise, « Sealtiel, oratio Dei », fait le quatrième archange (XVII° s.).
A Venise, la Vierge et l'enfant Jésus sont entourés de sept Anges tenant des banderoles ; une copie existe à Rome et c'est elle qui a fait donner à l'église où elle est vénérée le nom de Sainte Marie des Anges : les noms des Anges ont été effacés sur les banderoles, par ordre de Benoît XIV.
Les sept Anges se retrouvent sur un tableau slave, escortant la Trinité dans cet ordre : Michel, Gabriel, Raphaël, Uriel, Salathiel, Egoudiel, Barachiel.
Sur une intaille grecque; du IV° siècle environ, le Christ en pied est accompagné de sept noms d'anges : Raphaël, Renel, Ouriel, Schtys, Michaël, Gabriel, Azaël.

3. - A consulter : Julien Durand, Les sept Anges, dans le Bulletin monumental, 1884.


Extrait du "Traité d'Iconographie chrétienne"
par Mgr X. Barbier de Montault, Prélat de la Maison de Sa Sainteté
Dessins par M. Henri Nodet, Architecte
Paris, Louis Vivès, Libraire-Editeur, 1890 - 2 tomes :
Les Anges et les démons : Livre X, chap. I à VII du Tome II.

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Dernière révision : 17 février 2017.